La moitié des exportations de viande de boeuf de l’Inde partent au Vietnam, où la marchandise est revendue secrètement aux négociants de l’Empire du Milieu.

Les controverses multiples et variées autour de la vache peuvent être abordées sous l’angle religieux (la vache est-elle sacrée pour les Hindous et si oui, comment faut-il se comporter à son égard ?). Nous renvoyons à ce propos à un article très instructif paru il y a quelques jours dans The Hindustan Times, à propos de la distinction à établir entre hindutva et hindouisme : The search for an ideology in times of cow politics. On parle aussi souvent de la vache sous l’angle «nos amis les bêtes» (peut-on tuer les boeufs pour les manger et, question subsidiaire, quid des buffles ?).

L’angle économique est en revanche souvent occulté, si ce n’est par les équarisseurs et autres bouchers qui débitent de la viande rouge et bien saignante dans les abattoirs et les arrière cuisines, sur le mode : «les nationalistes hindous sont en train de mettre par terre une filière toute entière». Il faut savoir que 20% du boeuf — buffle inclus — exporté sur la planète est «made in India», ce qui représente 1,8 million de tonnes de viande par an. Les volumes ont triplé en cinq ans et aujourd’hui, l’Inde et le Brésil sont au coude à coude dans ce domaine, l’Australie arrivant juste derrière.

Pour ceux que cela intéresse, le ministère américain de l’agriculture vient de publier des statistiques extrêmement intéressantes, a révélé mercredi 12 avril The Indian Express, en se posant la question de savoir vers où partait la viande de boeuf d’origine indienne exportée de par le monde. La réponse ne manque pas d’étonner : messieurs-dames, c’est le Vietnam qui mange la vache indienne ! L’an dernier, pour donner une idée de cette réalité, le pays d’Ho Chi Minh a acheté près de la moitié de la viande rouge en provenance du sous-continent, soit 600.000 tonnes de carcasses, pour un montant de 132 milliards de roupies (1,9 milliard d’euros).

Cela place le Vietnam loin devant les suivants, à savoir la Malaisie et l’Egypte (respectivement 136.000 et 115.000 tonnes). Mais il faut toujours se méfier des chiffres. En réalité, il y a une très forte probabilité que le consommateur final soit de nationalité… chinoise. Car le Vietnam n’a tout simplement pas la capacité d’absorber de telles quantités à lui tout seul. Il joue, comme on dit, le rôle de «marché gris». Les négociants chinois de viande bovine, c’est connu, se fournisse pour beaucoup dans le port d’Haiphong. Ils achètent indien, mais chut ! Il ne faut surtout pas le répéter.

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