Pro-Poutine, fervent défenseur des régimes totalitaires qui succèdent aux révolutions sanguinaires, utopiste économique et promoteur du Frexit… le Figaro fait la course en tête au chapitre caricature.

Panique à bord. Jean-Luc Mélenchon est donné vainqueur en cas de second tour, aussi bien contre Marine Le Pen que contre François Fillon. Il n’en fallait pas plus pour que ses adversaires l’attaquent activement et qu’une partie de la presse ne prenne subitement conscience des « dangers » du programme de la France insoumise. Après les Échos, c’est le Figaro qui a sonné l’alerte, titrant « Mélenchon : le délirant projet du Chavez français » ou encore « Maximilien Ilitch Mélenchon ». Si l’ampleur de la charge est nouvelle, les reproches adressés, eux, sont lancinants et souvent infondés, de la prétendue proximité du candidat avec Poutine en passant par sa vision de la démocratie et son programme au « coût faramineux »…

« Candidat de l’utopie fiscale » !

Alors, comme ça, il veut augmenter les impôts de 120 milliards d’euros ? C’est le Figaro qui le dit. Sauf que c’est faux. Sur son site de campagne, le candidat explique vouloir augmenter les impôts de 30 milliards d’euros, en les concentrant sur les très hauts revenus : seuls les individus gagnant plus de 4 000 euros par mois seraient concernés par une hausse. Mais qu’importe. Le Figaro s’émeut de « mesures délirantes », dont les « 35 heures effectives », la « création d’une 6e semaine de congés payés » ou la « retraite à 60 ans ». Autant de mesures souhaitables qui ne seraient « délirantes » que si elles étaient impossibles à financer. De guerre lasse, la lecture du chiffrage économique de Mélenchon a dû effrayer encore plus nos confrères, puisque le Figaro trouve toujours « délirant » de proposer une « imposition à 100 % des revenus supérieurs à 400 000 euros par an » et s’inquiète d’une échelle des salaires de 1 à 20 en entreprise. Estimant que la politique de relance défendue par Mélenchon serait désastreuse pour le pays, le quotidien ne dit mot de l’austérité qui nuit à l’investissement et à la croissance, et évoque la dette et la hausse des dépenses publiques sans chercher recette du côté de l’évasion fiscale… Il est en outre curieusement omis que la France insoumise souhaite baisser l’impôt sur les entreprises de 33 % à 22 %, Mélenchon n’étant ici, comme dans la bouche de Fillon et Le Pen, que le candidat du « matraquage fiscal ».

« Candidat de la dictature communiste » !

Pour Fillon, Mélenchon est le candidat du « cuirassé Potemkine ». Le Figaro y voit le « Chavez français », et lui colle à la peau Robespierre, Castro et Lénine. S’il y a à dire sur ce que ces personnages historiques, dont Mélenchon se réclame, ont apporté à l’émancipation des peuples, et sur les calomnies qui les poursuivent, une observation s’impose : le candidat ne propose à aucun moment ce que lui reprochent ses adversaires, de la « grande terreur » au « goulag sous les tropiques ». Le programme « l’Avenir en commun » n’invite pas à moins de démocratie. C’est même tout l’inverse, puisqu’il appelle à en finir avec la « monarchie présidentielle de la Ve République » pour en bâtir une VIe, via un processus constituant « par et pour le peuple ». L’objectif est notamment de « remettre le citoyen au cœur de la vie de la cité », en mettant un terme à la confiscation des pouvoirs.

« Candidat du Frexit » !

Au Figaro, l’Europe est « libérale », entre guillemets comme s’il fallait en douter. Pour le Monde, c’est Le Pen-Mélenchon, « même danger », alors que le candidat de la FI ne fait en rien de la sortie de l’UE l’alpha et l’oméga de sa politique, qu’il souhaite l’éviter, et qu’il y critique un dogme capitaliste qui ne pose aucun problème à Marine Le Pen à l’intérieur des frontières françaises. Jacques Généreux, coordinateur de « l’Avenir en commun », souligne que la concurrence entre pays européens a été organisée, obligeant les États au dumping fiscal et social face à la liberté de circulation du capital. Impossible de lutter ? L’économiste défend le refus de « normes budgétaires imbéciles » pour mener une politique de relance contre un capitalisme financiarisé qui « siphonne l’emploi ». Reprendre le pouvoir et renégocier les traités, c’est bel et bien le « plan A » de Mélenchon sur l’Europe, avec l’avantage que dans la zone euro la France a plus de poids que la Grèce. Et c’est parce que la sortie de l’euro est évoquée (plan B) que le plan A a plus de poids.

« Candidat de Vladimir Poutine » !

Régulièrement accusé d’être complaisant envers Poutine, sinon envers Bachar Al Assad, Mélenchon a redit sur RTL mardi combien « la question n’est pas de savoir s’il est un criminel, tout le monde le sait. La question est de savoir comment rendre la parole au peuple syrien, créer les conditions qui fassent qu’eux-mêmes puissent s’en débarrasser », en dehors de guerres « qui ne règlent jamais rien ». Développant sa vision d’une France qui « doit se porter aux avant-postes d’une nouvelle alliance universelle pour la paix », en sortant de l’Otan, Mélenchon propose « un nouvel indépendantisme ». « Notre République ne doit plus être définie comme “occidentale”. Sa devise “Liberté, Égalité, Fraternité” est par principe universelle, donc internationaliste », développe-t-il. À ses yeux, la France est une voix qui doit compter face à Trump, en se plaçant aux côtés des « très bonnes résolutions de l’ONU », « seule instance légitime à œuvrer à la sécurité collective », pour discuter avec Poutine ou Trump. Soit l’exact inverse de la posture d’un inféodé à la Russie qui lui est prêtée.

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