Christiane Lambert a été élue hier présidente de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricole (FNSEA) par le conseil d’administration de son syndicat. Avec Thierry Lambert son mari, elle élève des porcs sur une ferme de 106 hectares qui produit des céréales et des graines protéagineuses pour l’alimentation de son élevage sur la commune de Bouillé-Ménard dans le Maine-et Loire. Elle fut déjà la première et l’unique femme à présider le Centre national des jeunes agriculteurs de 1994 à 1998.
Le changement de Président n’était pas prévu dans le cadre de la préparation du congrès de la FNSEA qui s’est tenu à Brest à la fin du mois de mars. Xavier Beulin, en poste depuis 2010, était candidat pour un troisième mandat. Son décès brutal d’une crise cardiaque en février dernier a conduit la première vice-présidente à faire acte de candidature. Aucun autre dirigeant n’a postulé pour la fonction. Après avoir été l’unique femme à présider le Centre national des jeunes Agriculteurs (le CNJA fut rebaptisé Jeunes Agriculteurs plus tard) à partir de 1994 pour deux mandats de deux ans, elle est aussi la première femme à présider la « Grande Maison », sise rue de la Beaume à Paris.
Comme présidente, elle sera entourée d’une équipe de dirigeants qu’elle connait presque tous depuis le temps où elle militait au CNJA (1). Christiane Lambert, mère de trois enfants, est née dans le Cantal, en 1961 de parents éleveurs. Leur engagement dans le syndicalisme agricole succédait au militantisme au sein de la Jeunesse Agricole Catholique(JAC). C’était le cas dans la plupart des régions agricoles françaises à l’époque. C’est dans le Cantal qu’elle s’installe seule sur une ferme de bovins allaitants à 20 ans, avant de migrer plus tard sur les terres de son mari qui succède à ses parents. Quiconque l’a connue du temps où elle présidait le syndicat des jeunes paysans se souvient d’une femme déterminée, à la fois à l’écoute des autres et ferme dans la défense des positions qu’elle revendique. Il y a chez cette syndicaliste un comportement de meneuse qu’elle cultivait dès l’adolescence, quand elle était la capitaine d’une équipe locale de hand-ball.
Ce trait de caractère plait généralement aux militants de la FNSEA. On verra dans la pratique l’usage qu’en fera leur nouvelle présidente alors que l’agriculture et son potentiel économique sont mis à mal par la mondialisation capitaliste sur fond de concurrence mortifère. Cette mondialisation dans, laquelle l’Europe insère la Politique agricole commune (PAC), est également vectrice de pollutions imputables à la fuite en avant dans le productivisme.
La culture syndicale qui prévaut à la FNSEA depuis le début du marché commun agricole a toujours conduit ses dirigeants à préconiser l’adaptation permanente du monde paysan cette la loi du marché de plus en plus mondialisé en dépit de ses incohérences et des gaspillages induits. Hormis quelques velléités de résistance à la charnière des années 80 et 90 sous la présidence de l’aveyronnais Raymond Lacombe, les différents présidents de la FNSEA ne se sont guère opposés aux politiques de dérégulation. De Michel Debatisse à Xavier Beulin en passant par François Guillaume, Luc Guyau et Jean-Michel Lemétayer, on n’a pas vu l’émergence d’une réflexion prospective susceptible de promouvoir un modèle agricole fondé sur l’agro-écologie et économe en intrants.
Or le changement de cap devient urgent pour l’agriculture française comme pour toutes les agricultures du monde menacées par plusieurs dangers. Le premier de ces dangers est le réchauffement climatique. Depuis plusieurs décennies et de manière de plus en plus catastrophique, la spécialisation des « modèles » de production agricole promeut les cultures de rente pour l’exportation selon la théorie des avantages comparatifs conceptualisée par David Ricardo au début du XIXème siècle quand la planète comptait à peine un milliard d’habitants. De la monoculture du soja aux Amériques à la production d’huile de palme en Asie, en passant par les céréales à paille dans le plaines réputées fertiles d’Europe et d’ailleurs, ces monocultures de rente libèrent beaucoup de carbone et appauvrissent les sols. Continuer dans cette voie dans les prochaines décennies déboucherait sur un recul sensible de la fertilité des sols, tandis que les accidents de récoltes imputables au réchauffement climatique seront de plus en plu nombreux. On a vu l’an dernier que le mauvais temps de la fin du printemps pouvait réduire de 30% et plus la production céréalière en France.
Ces enjeux à la fois climatiques et agronomiques continuent d’être sous-estimés par le syndicalisme majoritaire représenté par la FNSEA en France. Cette dernière ne s’est guère impliquée ces cinq dernières années pour s’associer à la sensibilisation à l’agro-écologie comme nouvelle manière de produire que le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a tenté de promouvoir dans un contexte rendu difficile par des prix agricoles déprimés du fait d’une politique européenne qui ne lui a pas facilité la tâche. Christiane Lambert sera-t-elle être la syndicaliste qui saura prendre avec l’énergie nécessaire ces nouveaux enjeux nationaux qui sont aussi européens et planétaire ? Le challenge ne sera pas facile pour la nouvelle présidente de la FNSEA. Il s’agit pourtant du premier défi à relever si on veut se donner les moyens de relever tous les autres.
(1) Jérôme Despey, viticulteur dans l’Hérault est le nouveau secrétaire général de la FNSEA. Henri Brichard (Aisne) et Henri Biès-Péré (Pyrénées Atlantiques) sont les deux vice-présidents.

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