A Paris, des tailleurs de pierres se mobilisent contre les cailloux de la honte : de gros blocs de calcaire installés sous un pont Porte de la Chapelle pour empêcher les migrants d’y trouver un refuge.

« On avait des pics à pigeon, maintenant on a des pics à migrants ! « . David, membre de « Cœur de Pierres et Solidaires » ne mâche pas ses mots pour désigner les gros blocs de pierre installés par la mairie sous un pont, Porte de la Chapelle, dans le nord de Paris. Depuis février dernier, ce collectif de tailleurs pierre est venus trois fois pour graver des messages de paix et déplacer ces énormes cailloux, qui empêchent les exilé.es de trouver un refuge bien précaire à l’abri de la pluie.

« Au début, la mairie disait que ces pierres étaient des déchets. Puis, elles sont devenues du mobilier urbain, tout ça pour pouvoir nous accuser de dégradation », grommelle un membre du collectif. « Les autorités assurent qu’elles ont mis les cailloux sous ce pont car il va être démoli et elle ne veut pas que des gens soient en dessous ».

Dans un communiqué de presse, la mairie se défend d’avoir installé un dispositif anti-migrants. Mais pour les tailleurs de pierres, ces agissements sont symptomatiques d’une hypocrisie des autorités qui ne prennent pas leurs responsabilités face au problème. Ils espèrent ainsi de mettre en lumière la triste réalité de ces hommes et de ces femmes qui échouent Porte de la Chapelle, en attendant une hypothétique place au centre d’accueil ouvert quelques centaines de mètre plus loin, et déjà saturé. « Ces pauvres bougres sont là pour servir de panneau d’interdiction, pour faire passer le message que la France ne pourrait pas tous les accueillir », remarque un tailleur.

Ce samedi 25 mars, pour leur troisième opération, les tailleurs de pierre ont été rapidement stoppés par les forces de l’ordre. « La première fois, les flics sont venus nous virer au bout de 3 heures. La seconde fois, on ne les a pas vus. Ils devaient sûrement être trop occupés par Hollande qui faisait un show à Saint Denis » ! Des journalistes étaient aussi présents sur place, même si l’emballement médiatique s’est essoufflé après leur première opération. « C’est plus difficile d’attirer l’attention alors nous essayons de proposer de nouvelles choses. Cette fois, nous voulions que les passants viennent utiliser nos outils pour graver la pierre. Mais nous n’en avons pas vraiment eu le temps », explique Yann, l’un des membres.

Malgré tout, les tailleurs sont bien loin d’être résignés : « nous ne sommes pas militants, juste des tailleurs de pierre scandalisés par ces cailloux qui servent de repoussoir. Mais c’est quand même un acte politique », concède l’un d’entre eux. Tous estiment que leur action s’inscrit bien au-delà du champ strictement politique, au-delà des partis. « On se fiche de la couleur politique des membres du collectif. Dans nos rangs, il y a des pierreux qui votent à droite, mais qui sont sensibles à la situation désastreuse de ces pauvres gens qui doivent survivre sous ce pont ».

Quel avenir pour leur action ? « Revenir encore et toujours pour dénoncer cette situation, nous avons commencé un chantier et tant qu’il n’est pas terminé, nous continuerons », assure Yann. Ils réfléchissent à nouer des liens avec la vallée de la Roya et sont également en relation avec Danielle Simonnet, une élue municipale, qui va déposer une proposition d’inauguration d’un monument commémoratif à tous les exilés.es morts.es pendant leur long voyage vers l’Europe, en gravant des noms sur les pierres.

Un bel hommage qui plairait aux tailleurs qui pensent que leur action  » n’est pas un acte politique, mais un acte du cœur ».

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