La Turquie a commencé à voter pour ou contre le renforcement des pouvoirs du président Recep Tayyip Erdogan, lors d’un référendum crucial car son issue pourrait remodeler le système politique du pays et redéfinir ses relations avec l’Occident.

  • Le président Recep Tayyip Erdogan a affirmé que le référendum en cours dimanche sur le renforcement de ses pouvoirs était un scrutin pour l’avenir de la Turquie.

    «Si Dieu le veut, notre nation, ici et à l’étranger, s’avancera vers l’avenir ce soir en faisant le choix attendu», a déclaré Erdogan après avoir voté à Istanbul, soulignant que le référendum n’était pas un scrutin ordinaire et visait à transformer le système de gouvernance.

Quelque 55,3 millions de Turcs sont appelés à se rendre aux urnes pour dire oui ou non à une révision constitutionnelle qui prévoit notamment la suppression du poste de Premier ministre au profit d’un hyperprésident, qui concentrerait entre ses mains de vastes prérogatives.

S’il l’emporte, Recep Tayyip Erdogan, qui a échappé à une tentative de putsch il y a neuf mois, disposerait d’un pouvoir considérablement renforcé et pourrait en théorie rester président jusqu’en 2029.

«La Turquie prendra l’une des décisions les plus importantes de son histoire», a déclaré le 15 avril Recep Tayyip Erdogan, au cours du dernier d’une très longue série de meetings de campagne pour le référendum dont le résultat s’annonce serré

Le gouvernement présente cette réforme comme indispensable pour assurer la stabilité du pays et lui permettre d’affronter les défis sécuritaires et économiques qui s’annoncent. Mais l’opposition dénonce la dérive autoritaire d’un homme qu’elle accuse de chercher à museler toute voix critique, surtout depuis le putsch manqué de juillet 2016.

Les bureaux de vote ont ouvert à 04h GMT à Diyarbakir et dans d’autres villes de l’est de la Turquie, a constaté un correspondant de l’AFP. Le scrutin débutera à 05h GMT dans l’ouest du pays, comme à Istanbul et Ankara.

«Les résultats s’annoncent bons», avait assuré Recep Tayyip Erdogan, le 15 avril. «Mais cela ne doit pas nous rendre léthargiques. Un oui fort sera une leçon donnée à l’Occident», a-t-il ajouté, alors qu’il s’en était régulièrement pris à l’Union européenne pendant la campagne.

Etat d’urgence

Recep Tayyip Erdogan a notamment indiqué que la candidature de la Turquie à l’UE, au point mort depuis des années, serait mise «sur la table» après ce référendum. Il a aussi relancé le débat sur le rétablissement de la peine capitale, une ligne rouge pour Bruxelles. Si le texte est approuvé, «il enclencherait la restructuration la plus drastique des 94 ans d’histoire de la politique turque et de son système de gouvernance», selon un rapport signé par Sinan Ekim et Kemal Kirisci, du think-tank Brookings Institution.

Pour Kemal Kiliçdaroglu, chef du CHP, le principal parti d’opposition, la Turquie a le choix : «Voulons-nous poursuivre avec une démocratie parlementaire ou un système de gouvernement par un seul homme ?», a-t-il déclaré le 15 avril au cours d’un meeting près de la capitale, comparant le système présidentiel voulu par le gouvernement à «un bus sans freins dont on ne connaît pas la destination».

L’opposition et les ONG ont déploré ces dernières semaines une campagne inéquitable, avec une nette prédominance du oui dans les rues et les médias.

La Turquie vit par ailleurs sous le coup de l’état d’urgence décrété après le putsch manqué de juillet dernier. Quelque 47 000 personnes ont été arrêtées et plus de 100 000 limogées ou suspendues.

Le parti prokurde HDP a ainsi dû faire campagne alors que ses deux coprésidents et nombre de ses élus se trouvent en prison, accusés de liens avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), considéré comme «terroriste» par Ankara et ses alliés occidentaux.

Menace «terroriste»

Les principales incertitudes pour Recep Tayyip Erdogan résident dans le vote des Kurdes, qui constituent un cinquième de la population, et dans celui du camp de la droite nationaliste. Si son chef, Devlet Bahçeli, soutient la révision constitutionnelle, la base du parti reste divisée.

La sécurité occupe également une grande place dans l’organisation du scrutin, la Turquie ayant été frappée ces derniers mois par une vague sans précédent d’attaques meurtrières liées à Daesh et à la rébellion kurde.

Selon l’agence Dogan, 49 membres présumés de l’Etat islamique ont été arrêtés à Istanbul cette semaine. Daesh avait appelé dans le dernier numéro de son hebdomadaire Al-Naba à des attaques contre les bureaux de vote le 16 avril.

Quelque 33 600 policiers seront déployés à Istanbul pour assurer le bon déroulement du scrutin, selon l’agence de presse progouvernementale Anadolu.

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