L’opposition vénézuélienne appelle à de nouvelles manifestations contre le président Nicolas Maduro le 20 avril, au lendemain de vastes rassemblements au cours desquels trois personnes ont été tuées et une trentaine arrêtées.

«Demain à la même heure, nous appelons le peuple vénézuélien tout entier à se mobiliser», a déclaré le 19 avril en fin de journée le dirigeant de l’opposition Henrique Capriles lors d’une conférence de presse de la Table de l’union démocratique (MUD), la coalition de l’opposition.

Le 19 avril, des centaines de milliers d’opposants ont défilé à Caracas et dans de nombreuses autres villes du Venezuela. Pendant la journée, dans un climat extrêmement tendu, les accès de la capitale ont été bloqués par un important déploiement policier et militaire, qui repoussait avec des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc les manifestants, lesquels répliquaient avec des pierres et des cocktails Molotov. Dans la nuit, des troubles sporadiques se sont poursuivis, dans certains quartiers de la capitale et dans ceux d’autres villes. Au moins trois personnes y ont été tuées.

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Un adolescent de 17 ans est décédé de ses blessures après avoir été touché à la tête par les tirs d’un groupe d’inconnus à moto qui visaient un rassemblement d’opposants à San Bernardino, dans le nord-ouest de Caracas, a déclaré Amadeo Leiva, directeur de la clinique où il avait été transporté.

Une jeune femme de 23 ans a elle aussi reçu un tir dans la tête à San Cristobal, dans l’ouest du Venezuela, a indiqué une source du parquet sous le couvert de l’anonymat. L’ONG Provea a précisé que sa mort était survenue dans le cadre des manifestations. Le parquet a confirmé à l’AFP la mort de la troisième personne. Il s’agit d’un militaire.

D’après des témoins, les auteurs des tirs font partie dans les deux cas des «colectivos», ces groupes de civils armés par le gouvernement. Dans la soirée du 19 avril, un des principaux responsables du pouvoir, Diosdado Cabello, a affirmé à la télévision qu’un militaire, membre de la Garde nationale, avait été tué par des manifestants dans la périphérie de Caracas.

«Ils viennent d’assassiner un garde national à San Antonio de los Altos, les «pacifiques»», a-t-il précisé.

«Il faut sortir de cette dictature. Nous sommes fatigués, nous voulons des élections pour que Maduro s’en aille du pouvoir, car il a détruit le pays», a déclaré une manifestante, Ingrid Chacon, secrétaire de 54 ans brandissant le drapeau jaune, bleu et rouge du Venezuela.

Dans la capitale et parfois à quelques mètres seulement de leurs adversaires, les chavistes manifestaient en faveur du chef de l’Etat, certains brûlant des drapeaux américains en signe de colère. De nombreux commerces et stations de métro de Caracas étaient fermés.

En trois semaines, huit manifestants ont perdu la vie et plus de 500 personnes ont été arrêtées, selon l’ONG Foro Penal. Le Venezuela vit actuellement une grave crise politique et économique. L’opposition, majoritaire au Parlement depuis fin 2015, veut obtenir le départ anticipé du socialiste Nicolas Maduro, qui a succédé à Hugo Chavez après son décès, le 5 mars 2013.

Le président a activé depuis le 18 avril un plan de défense renforçant la présence policière et militaire. Le lendemain, le 19 avril, il a annoncé l’arrestation de 30 personnes, accusées de vouloir provoquer des violence lors des manifestations, ajoutant être, grâce à son plan de défense, «en train de démanteler le coup d’Etat terroriste» fomenté selon lui par les Etats-Unis.

Washington a rejeté ces accusations «infondées et déraisonnables», par la voix de son représentant intérimaire à l’Organisation des Etats américains (OEA), Kevin Sullivan.

«Nous sommes préoccupés par le fait que le gouvernement de Maduro viole sa propre Constitution et n’autorise pas l’opposition à faire entendre sa voix», a déclaré le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson.

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