Contre Marine Le Pen, François Fillon et la plupart des ténors des Républicains appellent à voter en faveur d’Emmanuel Macron, celui-là même contre lequel ils tenteront de gagner les législatives et de créer une cohabitation. Comment les électeurs LR vont-ils réagir face à cette contradiction ? Analyse.

« Je vous l’assure, l’extrémisme ne peut qu’apporter malheur et division à la France. Dès lors, il n’y a pas d’autres choix que de voter contre l’extrême-droite, je voterai donc en faveur d’Emmanuel Macron. »

Dimanche soir, peu après l’annonce des résultats du premier tour, François Fillon a clairement indiqué lors de son discours son intention de voter en faveur d’Emmanuel Macron dimanche 7 mai. Une consigne de vote claire, même si le candidat s’épargne de donner une directive impérative à ses sympathisants, qu’il sait divisés sur le sujet, lorsqu’il ajoute « il vous revient maintenant, en conscience, de réfléchir à ce qu’il y a de mieux pour votre pays et pour vos enfants. »Dès lors, un dilemme s’impose à un large pan du « peuple de droite »: comment voter en faveur d’Emmanuel Macron — dont tout laisse à croire qu’il mènera la même politique économique et sociétale que François Hollande, et qui comptent dans ses rangs de nombreux transfuges du PS, pour 5 semaines plus tard voter aux législatives de manière à limiter son action politique et espérer une cohabitation?

Comme le résume très bien ce mardi matin, au micro d’Eric Delvaux sur France Inter, Jean-Frédéric Poisson, Président du Parti Chrétien-démocrate: « Je ne peux pas imaginer, pour des raisons de clarté à l’égard des français également, on combat Emmanuel Macron jusqu’au 23 avril, on ne le combat pas entre le 23 avril et le 7 mai et à partir du 7 mai on recommence à le combattre. »

​Une équation insoluble à laquelle s’est heurté hier le bureau politique du parti. Lundi, Les Républicains ont ainsi appelé « à voter contre Marine Le Pen », évitant ainsi d’évoquer le nom d’Emmanuel Macron. Une ligne qui n’a pas été définie sans débats. D’un côté, les tenant d’une ligne « ni-ni » (ni Macron, ni Le Pen) aux premiers rangs desquels: Laurent Wauqiez, Nadine Morano, Henri Guaino ainsi qu’Éric Ciotti.

​De l’autre, les tenants d’un Front Républicain, incarné par François Copé, Xavier Bertrand, Nathalie Kosciusko-Morizet, Valérie Pécresse, Luc Chatel et Christian Estrosi, ce dernier invoquant devant les caméras de CNews une « responsabilité historique » à faire barrage à Marine le Pen.

Mais au-delà des cadres du parti, cette équation n’est-elle pas catastrophique lorsqu’elle est posée à la base électorale des Républicains, aux sympathisants de droite? Ce d’autant plus qu’Emmanuel Macron a durant des mois été présenté comme l’homme à abattre, comme le rappelle le journaliste et écrivain franco-libanais André Bercoff, auteur notamment de Qui choisir: comment bien acheter votre président (éd. First, 2012) et Donald Trump: les raisons de la colère (éd. First, 2016), qui décrit un « vrai malaise », « évident » dans les rangs des militants et des gens de la droite qui votent Républicains, mais dont l’ampleur est imprévisible.

 

« Ils ont dit pendant très longtemps que Macron c’etait Hollande bis. Que Macron était le fils naturel de Hollande et de la Finance et maintenant certains d’entre eux — y compris Fillon — appellent à voter Macron. Ce qui produit un grand malaise au sein d’un certain nombre de militants des Républicains qui ne comprennent pas. »

 

« Je peux comprendre qu’on puisse dire de ne pas voter pour Marine Le Pen, mais à ce moment-là il faut aussi dire ni pour Marine Le Pen, ni pour Emmanuel Macron » insiste à notre micro Yannick Moreau, député Les Républicains de Vendée, qui plaide ainsi en faveur du « ni-ni ».

« Emmanuel Macron, c’est la poursuite, la perpétuation du mandat catastrophique de François Hollande. Si vous avez aimé Hollande, vous allez adorer Macron. »

D’autant plus que la consigne de vote risque d’être contre-productive. Face au discours anti-élites du FN, face à la mise à mal des partis, les Républicains ne se tirent-ils pas une balle dans le pied? Réponse à laquelle André Bercoff répond « je dirais même […] qu’ils se tirent une balle dans des organes un peu plus vitaux ». Pour Yannick Moreau, appeler à voter Emmanuel Macron est une ligne difficilement tenable — cohérence oblige:

« Évidemment, c’est une incohérence qu’il faut à tout prix essayer d’éviter. Dans le discours, je pense qu’il n’est pas responsable aujourd’hui, pour un responsable politique d’appeler à voter pour Emmanuel Macron quand on est de Droite. »

Pour le député, une cohabitation serait « un moindre mal »:

« Dans le cadre d’une cohabitation, il n’y a pas besoin de chercher des convergences avec le président de la république, c’est l’Assemblée et la majorité dégagée à l’Assemblée qui fait vivre un projet politique et qui a le pouvoir de faire voter la loi et donc de voter les réformes structurelles dont notre pays a besoin, que le président de la République soit d’accord ou pas. »Reste cependant à savoir si les Républicains seront en mesure d’atteindre cet objectif. En effet, malgré les démentis de Jean-Christophe Cambadélis, la formation d’Emmanuel Macron pourrait recevoir le soutien du Parti Socialiste, c’est en tout cas ce que rapportait le Canard Enchaîné en mars et ce que faisait lourdement sous-entendre Le Parisien en avril.

La situation se complique encore quant on sait qu’au sein même des Républicains, certains n’excluent pas de rejoindre les rangs d’« En Marche! ». Une information qui a commencé à circuler lundi sur les réseaux sociaux et qui n’a pas été démentie ce mardi matin, lorsque Bruno Le Maire déclare au micro de Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV, qu’il serait prêt « à travailler avec le prochain président de la république. »

​Une chose est sûre, pour Les Républicains, le second tour de la présidentielle se tiendra les 11 et 18 juin prochain. D’ici là, André Bercoff tire son chapeau à notre actuel président de la République…

« Pour vous résumer, François Hollande a gagné le premier tour de ces élections, avec une maestria formidable. Il n’a peut-être pas été un grand président, mais quel stratège et quel tacticien. »

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