Il y a 2 ans, le 23 mai 2015, Alexeï Mozgovoï entrait dans la légende
En écrivant le titre de cet article, j’ai hésité entre « Un idéal de combat devenu un mythe » et « Un mythe devenu idéal de combat » selon que l’on regarde ce 23 mai 2015 à travers le personnage Mozgovoï ou le projet « Novorossiya » qu’il incarne encore aujourd’hui.
Deux ans déjà ont passé depuis la disparition d’Alekseï Mozgovoï, le commandeur légendaire de la Brigade « Prizrak », lâchement assassiné dans une embuscade sur une route de la République Populaire de Lugansk, qui a fait en tout 7 morts et 3 blessés.
Alekseï Mogovoï était né 40 années plus tôt, le 3 avril 1975 dans le village de Nizhnyaya Duvank dans l’oblast de Lugansk. Avec Igor Strelkov il fait partie des premiers chefs du mouvement anti-fasciste puis à se soulever contre l’opération spéciale aniterroriste lancée par Kiev contre la population du Donbass… Sa milice d’autodéfense, devenue la brigade « Prizrak » (« fantôme ») repousse depuis 3 ans les assauts des unités ukrainiennes sur le front occidental de la République de Lugansk.
Mozgovoï incarnait beaucoup plus que la résistance victorieuse du Donbass à l’agression kiévienne, il animait un idéal de combat dont la mission première était la défense d’une vision sociétale épurée des clans oligarchiques qui ont pourri l’Ukraine depuis son indépendance, et dont la réalisation est définie par le projet de la « Novorossiya »...
Parallèlement à ses victoires militaires sur la ligne de front Nord, le commandeur Mozgovoï était également une sentinelle politique mettant en garde régulièrement les jeunes Républiques contre les réseaux oligarchiques restés dans le Donbass à travers des affidés tentés de reproduire une société clientéliste gouvernée à moyen terme par une caste économique.
Le Commandant Mozgovoï avait élevé la lutte antifasciste à un niveau qui exclut toute forme de compromission avec l’ennemi. Pour lui le combat politique ou militaire c’est la victoire ou la mort !
Quelques jours avant son assassinat, la Brigade « Prizrak » avait été intégrée au sein de la nouvelle armée de la République de Lugansk, mais toutefois en réussissant à préserver son identité idéologique tel que son commandeur l’avait défini :
Mozgovoï, l’exemple élevé du « commandeur »
« A notre sujet:
 
Nous ne combattons pas pour la LNR (NDLR: République populaire de Lougansk). Nous combattons pour la Nouvelle Russie, au sein de laquelle doivent se trouver non seulement les deux régions, (NDLR: Donetsk et Lougansk) mais tout le Sud-est. (NDLR: L’Ukraine russophone)
 
Initialement, nous ne nous sommes jamais accommodés de ceux qui ont voulu, de deux régions, faire deux Républiques.
 
Et où en est on maintenant, et que faire ensuite?
 
Deux gouvernements, ce sera deux présidents, apparaitra ensuite encore une région-république, et encore un autre gouvernement, et ainsi de suite…
 
C’est tout à fait ce qu’on appelle « diviser pour régner »
 
Quand la lutte a commencé, une telle catégorie, comme la Nouvelle Russie, cela n’existait pas.
 
Ce concept a surgi dans le feu de l’action et, progressivement, il grandit toujours de plus en plus, il gagne de plus en plus d’esprits.
 
Actuellement, la Nouvelle Russie, ce n’est pas simplement un territoire, c’est d’abord et avant tout, une idée. La liberté et la conscience, c’est, et ce sera, la Nouvelle Russie.
 
Nous avons suffisamment de gens de différentes convictions. Je pense qu’il se formera une société complètement différente, avec une mentalité absolument nouvelle.
 
Je veux, en premier, que cette mentalité apparaisse, et en deux, qu’elle se démarque de ce qu’il y a au jour d’aujourd’hui. Nouvelle, constructive. On veut créer quelque chose de profondément humain. »
 
Alekseï Mozgovoï
On l’aura compris à la lecture de cette petite « profession de foi » que l’incorruptible Mozgovoï se sera fait aussi des ennemis à l’arrière de cette ligne de front si chèrement défendu au milieu de ses volontaires, certains allant même jusqu’à évoquer une liquidation interne ce 23 mai 2015, d’un homme charismatique dont la critique risquait de se muer en dissidence armée.
Personnellement, et au vu de l’évolution des Républiques je pense conciliable l’épanouissement de leurs projets sociétal dans la conservation de l’idéal de la Novorossiya tant dans ses objectifs politiques, territoriaux (de Kharkov à Odessa), identitaires et même humanistes. L’Homme, même politique, tel un marin fixant une étoile, a besoin d’un idéal plus élevé que ses ambitions accessibles pour toujours hisser la perfection de la pensée à la pointe d’elle même.
Aujourd’hui Prizrak reste, malgré un encadrement de valeur un orphelin, comme peuvent l’être également les bataillons Sparta et Somali depuis la disparition de leurs commandeurs Motorola et Givi, mais cette unité de la République de Lugansk reste aux avants postes sur le flanc Est de l’arc Svitlodarsk (Nord Debalsevo), dans un des secteurs les pus virulents de la ligne de front, démontrant que s’il a disparu, l’héritage de cet homme qui commandait par l’exemple est resté vif dans le coeur des soldats de son unité.
Est-ce cette intuition qui caractérise les grands combattants ou cet appel de la Camarde qui rodait depuis des mois, de plus en plus pressante autour de lui, qui poussa Mozgovoï à écrire lui même son épitaphe ?
Не плохо в мае умереть,
Могильщику копать удобно.
И соловьи всё будут петь,
В последний раз, так бесподобно.
Под грохот первых майских гроз,
Вместо унылых отпеваний…
И дождь, прольётся вместо слёз,
Он смоет грусть воспоминаний.
Могильный холмик приютит,
Под покрывалом трав зелёных.
Пусть даже крест там не стоит,
Среди берёзок утомленных.
Под шелест листьев молодых,
Что только к жизни потянулись.
Пока ещё нет трав седых,
А только, только всё проснулось.
Не плохо в мае умереть…
Остаться в свежести весенней.
И хоть не смог я всё успеть,
Но не осталось уж сомнений…
Не плохо, в мае умереть…
Алексей Мозговой.
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Mourir en mai n’est pas si mal
La tombe est facile à creuser
Que chantent encore les rossignols
Une dernière fois, incomparable
 
Le fracas des premiers orages
Au lieu de tristes funérailles…
Qu’en fait de larmes coule la pluie
Des souvenirs lave la peine.
 
La petite butte de ma tombe
Sous l’herbe verte m’abritera
Pas la peine d’y planter la croix,
Parmi les bouleaux alanguis.
 
Sous le murmure des jeunes feuilles
Qui s’ouvrent tout juste à la vie
L’herbe n’a pas encore blanchi,
Tout vient seulement de s’éveiller.
 
Mourir en mai n’est pas si mal…
Rester dans la fraîcheur du printemps.entré dans sa
Sans avoir pu tout accomplir,
Au moins j’ai fini de douter…
 
Mourir en mai n’est pas si mal…
Alexeï Mozgovoï

Au delà des polémiques idéologiques et querelles ad hominem entourant obligatoirement de telles personnalités fortes, il faut retenir de cet homme exceptionnel, entré dans la légende du Donbass, une pureté d’idéal et de coeur, un amour métaphysique pour cette terre charnelle, et un sens du commandement exemplaire.

« Que le souvenir des morts soit la force des vivants »

Erwan Castel, volontaire en Novorossiya

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