Le 21 mai, le dernier groupe d’hommes armés a quitté Homs, marquant ainsi un nouveau départ pour cette ville syrienne. Témoins de cette journée historique et de la liesse de la population libérée, des correspondants de Sputnik ont pu s’entretenir avec ceux qui ont tenu des civils en otage pendant près de six ans.

L’évacuation des derniers combattants du quartier d’Al-Waer a pris plus d’une journée. L’atmosphère est tendue : des centaines de personnes — journalistes, agents de police, militaires et civils — guettent l’arrivée des radicaux les plus intransigeants. Et voilà qu’après des heures d’attente ces derniers font leur apparition, cachant leurs visages derrière des masques noirs. Armes automatiques à l’épaule, ils se mettent à ranger leurs vivres dans les bus pour être escortés en dehors de la ville.Depuis fin 2011, les habitants de Homs ont été contraints de vivre un des épisodes les plus cruels de la guerre civile syrienne. Se cachant derrière des slogans révolutionnaires, des salafistes ont fait irruption dans les villages des alentours de Homs et ont commis des carnages : des familles entières de membres des minorités religieuses ont été massacrées. La peur a possédé la ville de Homs. Les points de contrôle mis en place par des hommes armés, les enlèvements et les exécutions sur la place centrale de la ville faisaient désormais partie du quotidien des habitants de la troisième ville de Syrie.

L’envergure de l’offensive à Homs ? Les quartiers entiers du centre historique en ruines valent mieux que mille mots. Mais c’est ici qu’en 2014 a été conclue la première trêve. Couronnée de succès, elle a débouché sur le retrait de 1 500 combattants du centre-ville. Le compte à rebours a alors commencé. Un après l’autre les quartiers repassaient sous le contrôle des autorités locales.

Un combattant et du pain

La onzième étape de retrait des extrémistes du quartier d’Al-Waer a commencé la nuit, mais ce n’est que le matin que les journalistes ont pu avoir accès au poste d’évacuation.

« La nuit était très tendue. Dans l’obscurité, tout mouvement maladroit risque de provoquer les combattants et torpiller le processus. Nous avons espéré que tout se déroulerait plus vite, mais il s’avère qu’on aura à attendre, peut-être une journée entière », nous dit un colonel de la police syrienne, Samir, et désigne un bus réservé aux insurgés.

Les heures passent et ce n’est qu’à la tombée du jour que les premiers groupes de combattants — d’une quinzaine de personnes chacun — apparaissent. Vêtus d’uniformes, armes automatiques à l’épaule, ces hommes cagoulés se dirigent vers le bus. Ce sont les combattants les plus farouches qui ont refusé jusqu’à la fin de quitter Al-Waer. Ils peuvent changer d’avis à tout moment et ouvrir le feu sur la foule.Un garçon et un combattant extrêmement hostile attirent notre attention. À côté se dressent un vieil homme et deux femmes.

« Vous partez pour Idlib ? Quand est-ce que la guerre prendra fin ? », demande un correspondant russe s’approchant du combattant. Au lieu de répondre, le jeune homme barbu et sans moustache lui fait un geste négatif de la tête.

« Tu es Russe ? On dit que vous êtes là pour aider. Mes parents et moi, nous avons faim, un long chemin est devant nous, mais nous n’avons pas de pain. Peux-tu nous acheter du pain dans cette boulangerie ? Nous ne pouvons pas nous éloigner de vue », lance le garçon sur un ton grossier et rempli de reproches et lui tend un billet de 500 livres syriennes (équivalent d’un dollar). Dix minutes plus tard, il recevra des mains du correspondant un paquet avec 12 pitas chaudes. Le garçon change de ton, mais la fierté prend le dessus et il continue à tendre le billet à l’étranger. Il finit par se lasser et garde le pain et l’argent. Le journaliste lui souhaite la paix, et le jeune combattant ne trouve pas de mot pour répondre.

« Merci. Vous avez fait un bon geste et avez démontré à mon petit-fils que les gens sont tous des frères et qu’on peut s’aider au lieu de lutter et tuer », prononce subitement le vieillard. Sa voix tremble.

« On vous rappellera qui nous sommes »

Des membres de la police militaire russe aident à assurer la sécurité sur les lieux. Le chef de sécurité pour la ville de Homs, le général de brigade Khalil, et le gouverneur de la province de Homs, Talal Barazi, sont là. Ils se mettent à donner des ordres, précisant qui part pour Idlib et qui pour Jarablus.

« Le fait qu’on quitte Al-Waer ce n’est pas la fin de la guerre. On se renforcera et on vous rappellera qui nous sommes. Ce qui se passe est difficile à expliquer », lance un extrémiste.

Ils ne peuvent pas partir sans provoquer. Le dernier groupe qui se retire du quartier met le feu aux véhicules. La fumée noire commence à s’élever çà et là, au-dessus du quartier. Mais les officiers syriens gardent leur calme. « Vous avez mis le feu ? Ce n’est pas grave. Partez, c’est essentiel », peut-on lire sur leur visage.

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