La lutte contre le terrorisme dépasse les moyens qui sont à la disposition des États et s’inscrit dans un contexte plus complexe des relations internationales, de contrôle de l’information et du marché des données privées. Yannick Harrel, expert en cyber-stratégie.

Un plan d’action franco-britannique pour lutter contre l’utilisation d’Internet à des fins terroristes a été annoncé lors d’une conférence de presse commune entre la Première ministre britannique Theresa May et le Président de la République française, Emmanuel Macron. D’après M.Harrel, expert en cyber-stratégie, il s’agit d’une «initiative purement britannique», d’une «agrégation» visant à promulguer le projet de loi, c’est pourquoi il faut la comprendre «comme une déclaration politique plus comme une réalité technique».Cette coopération basée sur trois plans: la collaboration des opérateurs et des fournisseurs de services en ligne, l’accès au contenu crypté et aux preuves numériques se trouvant sur des territoires tiers, principalement américains, a également trois principaux problèmes, d’après M.Harrel.

L’expert estime que premièrement, les algorithmes du plan ne seraient pas assez performants afin d’empêcher des individus ou certains groupes de s’exprimer sur le terrorisme:

«On peut s’interroger si on ne s’oriente pas vers en cadre de plus en plus restrictif de services proposés en matière de communication qui porterait atteinte à la liberté d’expression.»

Ensuite, concernant les données cryptées, l’interlocuteur de l’agence explique qu’à cet égard «on butte toujours sur deux plans», sur «la nécessité de protéger les données stratégiques et les rendre moins vulnérables aux tentatives de piratage»:

«Enfin, c’est la nécessité pour le renseignement, d’avoir connaissance des dérives, de radicalisation et d’éventuelle planification d’actes terroristes.»

Ainsi, d’après M.Herral, ce plan d’action est «une main tendue vers l’exécutif américain», puisque les grands groupes (GAFA qui comprend Google, Amazon, Facebook, Apple et NATU, comprenant Netflix, AirBnb, Tesla et Uber) se placent sous la loi américaine, généralement en Californie, donc il sera «toujours obligatoire de passer par une commission rogatoire internationale».

En parlant de l’impact que la mise en place de cette action pourrait avoir, l’expert estime qu’on «connaîtrait sa vie bien mieux que ne la connaîtraient ses propres parents»:

«Plus on va renforcer les mesures, et plus ces groupes vont s’enfoncer dans les sphères les plus profondes du cyberespace, tandis que le tout-venant, le citoyens lui, on pourra lire comme dans un livre ouvert.»

Maître Thierry Vallat, avocat spécialisé en droit du numérique, a également commenté pour Sputnik le plan franco-britannique de lutte contre l’utilisation de l’Internet à des fins terroristes. D’après lui, la conciliation de la surveillance renforcée et du respect des libertés individuelles posera la plus grande difficulté:

«Sur les messageries qui utilisent des données cryptées, il est très compliqué technologiquement d’entrer dans les failles sans contrevenir aux respects des libertés», estime-t-il.

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