Svetlana Aleksiévitch, prix Nobel de littérature, a dit comprendre les motifs de l’assassinat du journaliste d’opposition Oles Bouzina à Kiev, en 2015. S’exprimant en russe, elle s’en est pourtant prise à la «russification» dans un entretien à l’agence russe Regnum, que l’écrivaine a ensuite brusquement demandé de ne pas diffuser

L’écrivaine et journaliste biélorusse Svetlana Aleksiévitch, qui a obtenu le prix Nobel de littérature en 2015, a déclaré qu’elle pouvait comprendre les motifs qui ont mené à l’assassinat du journaliste opposant ukrainien Oles Bouzina, dont les propos «suscitaient de la rancœur».

«Je comprends les motifs de ceux qui l’ont fait», a-t-elle souligné dans une interview à l’agence russe Regnum, tout en rejetant le fait qu’elle appellerait à faire justice sur des personnalités comme Bouzina.

Pour elle, l’État ukrainien ne fait pas partie des pays libres, bien qu’il le souhaite. Sa patrie et la Russie ne sont pas libres non plus, a-t-elle poursuivi, accusant cette dernière d’implanter la langue russe en Ukraine et en Biélorussie, elle qui d’ailleurs parle et publie ses œuvres dans la langue de Pouchkine… Dans le même temps, les autorités ukrainiennes n’implantent pas l’ukrainien: la promotion de la langue ukrainienne et la lutte contre le russe, provoquant des tensions dans la société, attestent, selon elle, du fait que l’État veut tout simplement «adhérer à l’Europe» et représentent ainsi un vecteur plutôt positif de la politique de Kiev.

«Elle (la culture ukrainienne) n’est pas implantée», a insisté Mme Aleksiévitch. «Cet État ne veut pas vivre avec vous», a-t-elle ajouté, ne pouvant toujours pas faire son choix entre «nous» et «vous» lorsqu’elle s’adresse aux Russes.
«Les pays libres, ce sont par exemple la Suède, la France, l’Allemagne», a précisé la lauréate, qui estime qu’un peuple est libre s’il adopte la vision du monde à l’européenne.
Brusquement, l’écrivaine, qui a initialement accepté d’accorder un entretien à l’agence russe, a fait une étonnante volte-face après avoir fait part de ses idées sur plusieurs questions régionales et internationales.

«Lors de la conversation, la lauréate du prix Nobel a décidé, pour une raison connue d’elle seule, d’interdire que l’interview soit publiée», est-il dit dans l’article de l’agence, qui l’a tout de même publiée ayant reçu une permission initiale.

Journaliste ukrainien régulièrement invité à la télévision russe, Oles Bouzina, a été tué le 16 avril à Kiev, à l’entrée de son immeuble. Auteur de nombreux livres, il était favorable à une décentralisation de l’Ukraine et prônait le bilinguisme (ukrainien et russe) dans le pays. La justice ukrainienne a arrêté deux habitants de Kiev en lien avec ce meurtre: les deux hommes avaient participé aux protestations sur la place de Maïdan en 2014 et à l’opération des forces ukrainiennes dans le Donbass.La Bélarusse Svetlana Aleksievitch s’est vu décerner le Prix Nobel de littérature en 2015. Née en 1948 en Ukraine, elle est ainsi devenue la 14e femme et la première femme de langue russe à remporter le prestigieux prix littéraire.

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