«S’espionner entre amis, cela ne se fait pas»? Il s’avère que les services de renseignement allemands (BND) ont surveillé pendant des années des milliers de cibles aux États-Unis, y compris des lignes téléphoniques au sein de la Maison-Blanche, ainsi que plusieurs autres institutions militaires et gouvernementales du pays

Dans la lutte contre le terrorisme international, répètent à qui veut bien l’entendre les responsables politiques et chefs des services de sécurité allemands, les États-Unis constitueraient un allié indispensable. La coopération transatlantique reste «une priorité pour le pays», a en outre déclaré récemment le ministre de l’Intérieur, Thomas de Maizière. Cependant, un tel partenariat n’est pas exempt d’une certaine méfiance réciproque, relate le journal Der Spiegel.À en croire le quotidien, les services de renseignement allemands (BND) ont surveillé pendant des années des milliers de cibles aux États-Unis: rien qu’entre 1998 et 2006, environ 4.000 mots-clés de recherche, les soi-disant sélecteurs, ont été utilisés pour surveiller l’activité de plusieurs institutions gouvernementales à Washington, notamment le Département du Trésor et celui des Affaires étrangères, ainsi que certains services au sein de la Maison-Blanche.

Parmi les autres institutions qui faisaient l’objet d’une surveillance constante, Der Spiegel mentionne l’entreprise Lockheed Martin, la NASA, l’ONG Human Rights Watch, l’US Air Force, la Defense Intelligence Agency et les services de renseignement militaire de l’armée américaine.

Plus d’une centaine d’ambassades étrangères basées à Washington, de même que le Fonds monétaire international (FMI) et le bureau américain de la Ligue arabe ont également été espionnés par le BND, soutient l’hebdomadaire allemand.

Interrogé par Der Spiegel, le BND n’a pas souhaité faire de commentaires.

Les renseignements extérieurs allemands se sont retrouvés à plusieurs reprises au cœur de scandales d’écoute.

En mars 2015, des révélations avaient ainsi mis au jour la collaboration entre le BND et son équivalent américain, la NSA, pour qui les Allemands espionnaient plusieurs cibles dans des pays alliés, en particulier des responsables du ministère français des Affaires étrangères, de la présidence française ou de la Commission européenne.Interrogée mi-février par la commission d’enquête parlementaire qui se penche sur cette coopération, la chancelière allemande Angela Merkel avait dit sa surprise: «Je pensais que le BND n’avait pas ce genre de pratiques », avait-elle déclaré.

A l’automne 2013, des informations sur la mise sur écoute d’un téléphone portable de Mme Merkel par le renseignement américain avaient provoqué de fortes tensions entre Berlin et Washington. «L’espionnage entre amis, cela ne va pas du tout», avait alors déclaré Mme Merkel.

Suite à ces scandales, l’Allemagne a approuvé en juin 2016 une série de nouvelles mesures destinées à mieux encadrer les pratiques de ses renseignements extérieurs.

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