L’intention d’Ankara d’acquérir des S-400 n’est pas contraire aux normes de l’Otan bien que le Pentagone affirme le contraire, a déclaré un expert turc. Ce dernier rappelle qu’avant de s’intéresser aux systèmes de missiles russes, la Turquie avait cherché à se procurer des Patriot, mais avait essuyé un refus

Alors que Moscou et Ankara notent des progrès dans les négociations sur les projets d’acquisition de systèmes S-400 russes par la Turquie, Washington ne cache pas sa perplexité face à cette nouvelle. Ainsi, le chef du Pentagone, James Mattis, a mis en garde Ankara, soulignant que l’éventuel achat de ces systèmes de missiles sol-air était contraire aux normes de l’Alliance atlantique, dont la Turquie est membre.

Vu qu’une série d’autres membres de l’Otan, notamment la Roumanie, la Bulgarie, la Grèce et l’Allemagne possèdent d’ores et déjà des systèmes de missiles russes de type S-200 et S-300, la question qui vient naturellement est de savoir pourquoi le projet d’acquisition de S-400 par la Turquie inquiète tant Washington. Qui plus est, comme le souligne dans un commentaire l’officier de l’armée de l’air turque à la retraite Mesut Hakki Casin, la position des États-Unis est d’autant plus injustifiable du fait qu’avant de s’intéresser aux systèmes de missiles russes, les Turques avaient cherché à acquérir des Patriot américains, mais avaient reçu un refus.

«À l’époque, la Turquie s’était adressée à l’Otan demandant de lui livrer des systèmes de lutte antiaérienne. Toutefois, pour des motifs politiques, l’Allemagne a rappelé les systèmes Patriot, en faisant un moyen de pression politique», explique l’interlocuteur qui est en outre titulaire de la chaire des relations internationales d’une académie militaire d’Istanbul.

«D’abord, l’Amérique n’a pas accepté les conditions de la Turquie au sujet des systèmes Patriot, puis s’est prononcée contre l’accord entre Ankara et Pékin au sujet de la livraison des armements. […] Pourtant, si la Turquie possède des moyens de lutte antiaérienne sophistiqués ce ne serait qu’un avantage de plus pour les États-Unis et nous avons déjà eu l’occasion de le prouver en Méditerranée orientale. Compte tenu de la situation, je ne comprends pas pourquoi les armements destinés à d’autres pays de l’Otan sont perçus comme étant compatibles avec les normes de l’Alliance et, dans le cas de la Turquie, incompatibles. Dire que les S-400 ne peuvent pas être intégrés au sein de l’Otan est faux du point de vue technique. Tous types d’armements peuvent y être intégrés», argumente l’expert.

La Turquie est un État indépendant et souverain. Tout en étant membre de l’Alliance, il peut se procurer des armements qu’il juge indispensables pour sa sécurité nationale. Quant à la question de se servir ou pas des armements que possède Ankara, c’est l’affaire de l’Alliance atlantique, a résumé M.Casin.

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