Depuis une semaine un relent de guerre froide est revenu glaçant à nouveau les relations entre Moscou et Washington, après que le congrès étasunien ait voté un nouveau cortège de «sanctions» économiques contre la Russie qui en retour, a expulsé logiquement et légitimement 755 diplomates US de son territoire. En effet, ces nouvelles «sanctions» économiques qui aux yeux du droit international ne sont que des «représailles» économiques d’autant plus illégales qu’elles ne sont fondées que sur le mensonge d’une prétendue ingérence russe dans les élections étasuniennes, détériorent gravement une situation déjà tendue et les chances de normaliser les relations entre Moscou et Washington.

Comme prévu, le Président Trump a entériné en les signant les nouvelles représailles économiques contre la Russie., confirmant qu’il n’a plus aucune autre marge de manœuvre que de continuer la stratégie d’étranglement militaro-économique de la Russie engagée par ses prédécesseurs. Les mesures définies par le Congrès américain concernent :

  • des restrictions de visa à l’égard des citoyens russes
  • des sanctions contre un certain nombre de sociétés d’état russes, pétrole, défense et secteur financier
  • des mesures restrictives à l’égard de la Crimée

Ces représailles économiques sont les plus importantes répressions engagées contre la Russie depuis 2014 et surtout, elles ont été élargies jusque dans sa zone d’influence occidentale notamment par des restrictions contre les projets énergétiques russes dans une Europe qui subit déjà depuis 2 ans des dommages collatéraux à ces «sanctions».

En effet ces nouvelles mesures répressives à l’encontre de la Fédération de Russie ressemblent de plus en plus à un véritable blocus économique visant, non pas à «sanctionner» mais bien à asphyxier ce «Heartland» qui s’oppose à l’hégémonie étasunienne, la nouvelle thalassocratie du moment (après dans le passé celles de l’ Angleterre, l’Espagne…)

Et ces mesures cette «stratégie du Containment» des USA  provoque aussi des dommages collatéraux aux pays de l’Union Européenne qui sont ici sacrifiés pour protéger le leadership de leur souverain économique : contraintes et interdictions  de coopérer ou participer à des projets avec la Russie, en eaux profondes, dans l’Arctique, etc… Sans qu’ils soient nommément spatialement identifiés ces projets ciblés sont principalement les projets North Stream et South stream reliant la Russie à l’Europe pour son approvisionnement énergétique, mais aussi les partenariats d’exploration et d’exploitation de nouveaux gisements (fournitures d’équipements et de technologie par exemple) etc…

Malgré une désapprobation immédiate et ferme de l’Union Européenne et de Moscou qui a répondu en réduisant drastiquement l’effectif diplomatique étasunien en Russie, Trump a donc signé cette loi qui plonge définitivement le monde dans une vive atmosphère de nouvelle guerre froide. La démocratie parlementaire montre ici la fragilité de son système, basé sur un parlement d’élus déconnectés de l’avis du peuple pour la durée de leurs mandats mais soumis aux intérêts d’un pouvoir militaro-industriel qui finit par lui dicter ses décisions, que même le Président lui-même ne peut contester.

Dans cette offensive contre Moscou, il est peu probable que  les pays Union Européenne écrasés au passage par le rouleau compresseur économique étasunien, puissent faire autre chose que les molles désapprobations d’un chien dont la gamelle dépend de celui qui vient de lui resserrer son collier. Les USA ont d’ailleurs engagés sans hésitation ces nouvelles représailles assurés de la servitude ou au pire de la paralysie des pays occidentaux, devenus colonies économiques et militaires étasuniennes.

Ces répressions économiques élargies des USA ne constituent pas seulement un nouveau wagon accroché au train des «sanctions» engagées contre la Russie depuis 2014, elles franchissent une étape majeure dans la confrontation Est-Ouest qui vient de s’ouvrir et la réaction diplomatique spectaculaire de Moscou, qui jusqu’à présent avait toujours refusé le jeu de l’escalade, le prouve bien.

Le soir même de la signature de Trump autorisant cette loi d’étranglement économique de la Russie, le 1er ministre russe, Dmitri Medvedev, a déclaré que les USA  ouvraient une guerre commerciale à part entière de la Fédération de Russie, et avait «mis fin à l’espoir d’améliorer nos relations avec la nouvelle administration américaine».

Vraisemblablement le gouvernement de Vladimir Poutine et le parlement d’Etat ne vont pas en rester là et engager à leur tour une nouvelle riposte légitime destinée à contrebalancer les effets de cette loi étasunienne, enrayer la chute du rouble, et protéger avec fermeté les intérêts des peuples de la Russie.

Erwan Castel

 

Etiquette: ;