Le mardi 11 juillet, l’Union Européenne a ratifié son accord d’association avec l’Ukraine dans un climat de tensions croissantes avec la Russie. Peu de temps avant, le Secrétaire général de l’OTAN Jens Soltenberg et le président ukrainien Piotr Porochenko, avaient confirmé lors d’une rencontre à Kiev l’amorçage du processus politico-militaire devant aboutir à l’intégration de l’Ukraine dans l’organisation atlantiste

L’atmosphère d’une nouvelle “guerre froide” est devenue d’autant plus de plus en plus palpable que cette dernière, avec les représailles économiques et leurs réponses russes, les manœuvres de l’OTAN dans l’Est européen et les combats qui ne cessent dans le Donbass, prend de plus en plus les allures d’une “paix chaude” ensanglantée.

Ce projet d’association entre l’Union Européenne et l’Ukraine qui vient d’être signé, même s’il correspond à des ambitions économiques réelles apparaît donc vraiment comme un cheval de Troie permettant à l’appareil militaire étasunien occupant l’Europe de rapprocher des frontières de la Russie des sentinelles protégeant un étranglement du pays non aligné qui entrave le plus l’hégémonie de la finance internationale, et constitue le bouclier de bien d’autres pays insoumis tel que l’Iran, la Syrie, l’Inde etc…

Il divise le Monde et fracture l’Europe au lieu d’unir les peuples entre eux !

Le Président Porochenko le confirme d’ailleurs à chaque occasion : les associations réalisées entre Kiev et Bruxelles (aides et accord économique, manœuvres et assistance militaires) ne sont que les premières étapes de l’intégration de l’Ukraine au sein de l’Union Européenne et surtout dans l’organisation militaire de l’OTAN qui tous deux en fidèles laquais de Washington ont défini la Russie comme la menace principale.

Cette crise majeure qui secoue l’Europe montre bien que la vision portée sur la Russie et l’Ukraine est américaine et non européenne, car l’Ukraine cette immense territoire entre l’Est et l’Ouest continental n’a jamais été un rempart divisant les empires, mais au contraire un lieu de contact et d’échanges comme le prouve la longue Histoire entre l’Eurasie et l’Occident.

Comme pour les racines d’un arbre, la perspective historique qui donne de la stabilité à la réflexion doit être la plus profonde possible. Or la stratégie hégémonique engagée par ce Nouvel Ordre Mondial qu’incarne aujourd’hui la thalassocratie étasunienne s’appuie sur la courte parenthèse soviétique. En effet, les USA occupant l’Europe depuis 1945, tant militairement, économiquement que culturellement ont pu, grâce à une confrontation idéologique avec Moscou, faire croire qu’ils lui étaient indispensables.
Progressivement l’idéologie étasunienne relayée chez les individus par un “rêve américain” d’une société du spectacle anesthésiante et l’asservissement des pays par des institutions à leurs ordres (UE OTAN OCDE ONU…) ont pu déformer l’Histoire et l’imaginaire européen.

Il y a 2 ans dans un article intitulé une amitié éternelle j’essayais de rappeler quelques unes des plus belles pages de l’Histoire européenne écrites par une amitié franco-russe et dont l’Ukraine, ce berceau de la Russie (la “Rus de Kiev) situé de chaque côté du Dniepr entre Occident et Eurasie a été le plus ancien témoin avec le mariage de la princesse Anna Iaroslavna avec le roi de France Henri 1er.

En effet depuis plus de 1000 ans, la Russie tsariste ou soviétique a toujours entretenu des relations privilégiées avec la France, et les  épisodes napoléoniens de la campagne de Russie (1812) ou de la guerre de Crimée (1854) ne sont que les lamentables exceptions françaises qui confirment dans l’Histoire la permanence d’une amitié éternelle forgée par autant par les architectes des rois de France,  les soldats russes déployés dans les tranchées de Champagne à partir de 1915, que les aviateurs français de la “Normandie-Niemen” défendant la Russie pendant la seconde Guerre Mondiale.

Cet axe Paris Moscou est défendu depuis longtemps “de Dostoievsky à De Gaulle, par des penseurs libres qui considèrent les nations comme des entités vivantes plus résistantes et plus fortes que les systèmes qui pensent les dominer.” En 2002, Henri de Grossouvre écrit “Paris-Berlin-Moscou, la voie de l’indépendance et de la paix”, actualisant dans un contexte de soumission progressive des pays occidentaux aux USA, cet axe relationnel majeur qui est la colonne vertébrale de l’Europe.

Cet axe de l’Atlantique à l’Oural n’est pas une utopie du passé, il est présent dans les esprits des dirigeants européens, lorsque ces derniers sont toutefois libres dans leurs pensées et leurs actes comme le rappelle ce front que  les présidents Chirac, Schröder et Poutine ont opposé à l’impérialisme  étasunien au moment de l’agression contre l’Irak. Cette coalition anti-mondialiste a fait peur aux néoconservateurs mondialistes qui se sont alors empressés de serrer le collier des piliers européens franco-allemand. Depuis Merkel, Sarkozy et ses successeurs sont rentrés servilement dans la niche de l’Union Européenne gardant les intérêts de la City et de Wall street, et il y a peu de chance que leurs protestations récentes suite aux dommages collatéraux subis à l’occasion des nouvelles “sanctions” étasuniennes, ne dépassent pas le niveau de celui d’un caniche pleurnicheur.
Si l’Europe veut se libérer de la tutelle suicidaire étasunienne et œuvrer pour la Paix, elle doit d’abord renouer ses liens avec la Russie et retrouver ainsi son indépendance. Dans cette dynamique, je pense que l’amitié franco-russe, dont l’écho résonne depuis les palais tsaristes jusqu’aux restaurants moscovites, devrait être aujourd’hui le coeur et le ciment d’un nouveau pont entre l’Est et l’Ouest européens. Mais la France, ce pays qui a inspiré autant la culture que la révolution russes, n’est gouvernée depuis 20 ans que par des laquais étasuniens qui, déformant l’Histoire et léchant des rangers de l’Oncle Sam, participent à précipiter le vieux continent et la civilisation occidentale vers un chaos général.

Car aujourd’hui les européens lobotomisés par la propagande de guerre étasunienne ne regardent Moscou qu’à travers le miroir déformé d’une Union soviétique, avatar éphémère et à jamais disparu de la Russie éternelle qui elle a toujours été ouverte vers l’Occident.
Cette occultation de la réalité historique des relations millénaires entre la Russie et les pays occidentaux, dont l’objectif des USA est de les maintenir asservis pour mieux les mobiliser contre la Russie, est tout simplement suicidaire, car elle aboutira inévitablement l’Europe à devenir à nouveau le champ de bataille d’une guerre fratricide meurtrière.

Face à cette menace il faut que les européens ouvrent enfin les yeux vers leur passé mais aussi vers leur avenir, car l’Histoire autant que que la realpolitik leurs commandent de reprendre leur destinée en main, de se libérer de l’emprise militaro-industrielle étasunienne et d’élaborer en coopération avec Moscou une grande Europe forte, unie et indépendante. Dans un article pour le Figaro, Alexis Feertchak revient aussi à l’occasion de cette nouvelle division de l’Europe, et qui provoque également un éclatement de ce pays ukrainien situé à cheval entre Eurasie et Occident, sur la priorité urgente de réaliser une “Pax Europa”.

En 2003, un vieux bushi nenge de Guyane, me disait que les corps des animaux venimeux contiennent toujours l’antidote à leur poison, et c’est certainement aussi le cas pour cette Ukraine, cet épicentre du nouveau séisme européen, qui doit se débarrasser des marionnettes néoconservatrices du Maïdan et produire ensuite une nouvelle vision sociétale brisant les nouvelles barrières artificielles et désuètes imposées en Europe par un totalitarisme de la marchandise boulimique. Dans le Donbass, les autorités de la République Populaire de Donetsk ont récemment posé cette problématique sur la table et le front qui menace d’entrer dans une nouvelle éruption, en introduisant par le buzz médiatique de la “Malorossiya”, un débat sur une vraie fédéralisation de l’Ukraine organisée pour faire triompher la Paix,  mais aussi pour créer un trait d’union entre Occident et Eurasie.

Cette vision sociétale audacieuse, qui se veut “être fidèle au passé et exemple pour l’avenir” est déjà en cours de réalisation et d’éclosion dans les Républiques Populaires de Donetsk et Lugansk, devenues depuis 2014 un véritable laboratoire d’idées pour l’avenir du vieux continent et la Paix dans le Monde

Erwan Castel, volontaire en Novorossiya

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