Dans une étude de 2016, le Real Instituto Elcano dresse un portrait des djihadistes espagnoles, principalement jeunes et issus de familles immigrées. Dans le même temps, l’institut note une hausse du «djihadisme local».

«Des hommes entre 20 et 34 ans, mariés et avec enfants, espagnols ou marocains. » C’est en résumé le tableau que dresse le Real Instituto Elcano, dans un rapport publié en 2016. Basée sur les profils des détenus pour actes liés à Daech entre 2013 et 2016, l’étude pointe la tendance accentuée d’un terrorisme local et souligne les foyers constitués par les localités de Ceuta et Barcelone.

Une population jeune, masculine et peu religieuse

Les personnes détenues pour actes terroristes en Espagne concernent surtout des jeunes, entre 20 et 34 ans, et des hommes, qui représentent 83,1 % des djihadistes en Espagne. Les femmes djihadistes, bien que minoritaires, pourraient devenir de plus en plus nombreuses du fait d’une campagne de mobilisation de Daech, spécialement dirigée vers ces dernières. Bien que la principale motivation mise en avant par les détenus pour leur acte terroriste soit l’idéologie islamiste, l’institut estime que dans seulement 11 % des cas la connaissance des textes religieuses est pertinente.À lire : Attentats djihadistes en Espagne : «un jour ou l’autre cela devait arriver».

La tendance du «Homegrown terrorisme»

Dans son rapport, le laboratoire d’idées souligne la tendance au développement d’un terrorisme local, pratiqué par des ressortissants espagnols. Entre 2013 et 2016, 45,3 % des détenus pour actes liés à Daech étaient espagnols et 41,1 % avaient la nationalité marocaine. Comme le souligne l’institut, « ces chiffres mettent en évidence une transformation extraordinaire du djihadisme mondial dans notre pays par rapport à la période 1996-2012, quand seulement 16,7 % des condamnés pour actes de terrorisme ou morts pour actes terroristes par suicide possédaient la nationalité espagnole ». Ce terrorisme local concerne surtout des individus d’origine immigrée, de la première ou seconde génération, notamment marocaine. 45,6 % des détenus concernés sont en effet nés au Maroc, contre 39,1 % nés en Espagne.

Barcelone plate-forme du terrorisme

Autre grande conclusion du rapport : le rôle central joué par quelques municipalités dont celle de Barcelone dont la province constitue «la principale scène générique de la mobilisation djihadiste à l’intérieur de l’Espagne». La majeure partie des détenus pour actes de terrorisme a en effet été arrêtée dans la capitale catalane, qui s’avère également le deuxième plus grand foyer de radicalisation après Ceuta. Cette localité, située sur la côte nord de l’Afrique à la frontière avec le Maroc, est l’autre région du djihadisme espagnol, notamment de sa composante autochtone, la majeure partie des détenus y étant nés.

Un terrorisme tourné vers l’organisation

Le rapport de l’institut met également en avant l’organisation dont fait preuve le djihadisme en Espagne, tant dans son fonctionnement interne que dans les fonctions qu’il remplit. Au niveau interne, il se structure majoritairement autour de cellules collectives et compte peu de « loups solitaires ». Ces cellules ont pour beaucoup été créées récemment, à partir de 2011 et la guerre en Syrie.À lire : Quels sont les pays membres de la coalition anti-Daech ?Par ailleurs, en regardant les missions remplies par les anciens djihadistes avant leur détention, celles-ci correspondent à des tâches « de soutien », et non à la préparation directe d’attaques terroristes. Ainsi, tous les détenus ont conduit des missions de recrutement et de radicalisation. Les principales tâches attribuées aux djihadistes en Espagne sont ensuite celle d’envoi de combattants étrangers en Syrie et Irak, puis des tâches de financement (transferts de fonds notamment) et de propagande. Sur les détenus incarcérés pour terrorisme, 35,4 % faisaient partie d’une cellule qui prépare des attentats, une donnée particulièrement inquiétante pour le think tank en termes de menace terroriste.

Les combattants étrangers en marge

Parmi les détenus interrogés, 65 % affirment soit s’être déplacés dans les zones de conflits, soit en avoir l’intention. Ce phénomène appelé les « combattants étrangers », des Occidentaux partis faire le djihad en Syrie ou en Irak, reste moins répandu en Espagne que dans d’autres pays européens tels que la France et la Belgique. Cependant, l’Institut note une augmentation de leur nombre qui est passé de 20 individus en 2013 à 160 en avril 2016. Parmi ces derniers, 20 auraient quitté les zones de conflits pour revenir en Espagne, au Maroc ou dans un pays tiers.