Les trop nombreux événements d’intolérance préoccupent et le silence et l’observation doivent céder le pas aux condamnations. Assistons-nous au réveil de groupes qui n’attendaient que l’arrivée de dirigeants et de chefs politiques tolérants envers l’intolérance ?

La candidature improbable de Trump, son élection, ses propos et tweets refusant de condamner des propos et gestes haineux, mais surtout son amalgame récent entre les manifestations de suprémacistes et néonazis et celles de contremanifestants en Virginie constituent, aux yeux des groupes extrémistes, des cautions tant espérées. Si le président des États-Unis lui-même peut minimiser un meurtre sordide, les groupuscules extrémistes peuvent certes se sentir à l’aise de sortir de leur tanière !

Les événements semblent s’accélérer. Anecdotique certes dans le contexte des derniers jours, le Brexit est pourtant le résultat d’un mouvement isolationniste. Plus préoccupant, les élections en Europe, dont aux Pays-Bas et en France, ont vu des chefs de parti ouvertement isolationnistes et intolérants envers des groupes historiquement pris pour cibles. Et la recrudescence récente d’actes antisémites témoigne d’une remontée de courants intolérants.

Mais jusqu’à tout récemment, ces événements donnaient l’impression de se dérouler ailleurs. Or, plusieurs ingrédients sont présents pour que le climat social dégénère. On doit immédiatement les dénoncer et agir pour que cela cesse. On ne peut tolérer la progression lente mais visible, un pas après l’autre, des mouvements racistes et extrémistes au motif qu’il ne s’agirait que de gestes isolés. Ils ne le sont pas ! Ils commencent à former un ensemble et un contexte favorable à des dérapages plus graves.

Mobilisation collective

En effet, la liste d’événements contemporains au contour intolérant s’allonge : un débat stérile sur un cimetière d’une autre confession ; l’arrivée à la frontière canadienne d’êtres humains réclamant de l’aide et auxquels on ne fait référence qu’en des termes juridiques d’« immigrants », de « migrants », de « réfugiés » ou d’« illégaux », pour permettre une certaine distanciation ; des chefs politiques qui réclament la suspension d’ententes migratoires et de respect de frontières ; des Québécois qui participent à des regroupements néonazis ; des groupuscules extrémistes québécois qui sortent de l’ombre et désirent devenir un mouvement politique. Et tout cela alors que s’amorce un énième débat législatif sur une forme de laïcité souhaitée dans les institutions et que les débats précédents n’ont pas su démontrer notre habilité collective à nous élever au-dessus des stéréotypes. Est-il nécessaire de mentionner que la perspective d’une campagne électorale avec ces sujets en toile de fond soit préoccupante ?

Les déclarations et gestes haineux ne relèvent pas de l’opinion, mais du crime raciste. La liberté d’expression constitue certes un des fondements essentiels d’une société démocratique, mais en matière de propos incitant à la haine comme ceux de prédicateurs suprémacistes, nous sommes sur le terrain de la discrimination raciale. Si ces comportements ne constituent pas toujours un danger clair et présent (« clear and present danger ») pour passer le test de la limitation à la liberté d’expression aux États-Unis, ils constituent pourtant un danger clair et futur. La conscientisation et la mobilisation collective pour limiter l’influence des mouvements extrémistes sont nécessaires.

Nous devons faire preuve de proactivité quant aux signes récents et inquiétants d’une agitation extrémiste tolérée. Nous assistons à des manifestations aux États-Unis et au Québec prônant cette intolérance et désirant manifestement profiter de cette atmosphère nauséabonde. Nos actions sont et demeureront garantes de notre avenir !

Martin Imbleau (Vice-président principal chez Gaz Métro et avocat-auteur sur les droits de la personne au niveau international)

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