A bord de blindés qui se déplacent dans un nuage de fumée et rendent plus insupportable encore la chaleur, les combattants irakiens attendent impatiemment l’arrivée d’un camion un peu particulier qui les suit depuis plusieurs mois pour leur livrer de précieux pains de glace.

A Tall Abtah, localité en plein désert au sud de Tal Afar, où les combats continuent de faire rage pour ravir aux jihadistes de l’organisation Etat islamique l’un de leurs derniers bastions en Irak, l’impressionnant ronflement de générateurs tournant à plein régime attire l’oreille.

Entre des maisons, un petit groupe d’hommes vêtus de T-shirts noirs ou aux couleurs du camouflage militaire s’active autour d’un camion.

A l’arrière du véhicule, tuyau d’arrosage en main, l’un d’eux remplit huit énormes moules rectangulaires qui sont ensuite plongées mécaniquement dans une énorme cuve.

Une fois réfrigérés, il en sort de longs pains de glace qui, chargés dans des camions frigorifiques, feront ensuite le bonheur des combattants, au front sous des températures estivales qui avoisinent les 50 degrés.

Hamid Sallal a monté sa petite fabrique mobile pour apporter de quoi se rafraîchir aux hommes de la brigade « Ali al-Akbar » au sein du Hachd, les unités paramilitaires irakiennes dites de « mobilisation populaire ».

Le Hachd bénéficie depuis sa formation en 2014 –à l’appel de la plus haute autorité chiite du pays le grand ayatollah Ali al-Sistani pour contrer la percée fulgurante des jihadistes– d’un fort soutien populaire.

Sur tous les fronts où il a combattu, des centaines de véhicules se pressent chaque jour pour leur amener équipement et nourriture, préparée en majorité dans les familles du sud du pays, où se trouvent les villes saintes chiites, et acheminées jusqu’à ses combattants par des supporteurs enthousiastes.

– ‘de l’eau pour avancer’ –

« On a monté cette fabrique tous seuls, avec nos propres moyens », affirme à l’AFP Hamid Sallal, vêtu d’un impeccable uniforme militaire en treillis beige. Au début, avec ses acolytes, il a commencé par amener de l’eau potable aux combattants engagés dans une longue et meurtrière guérilla à Mossoul, la deuxième ville d’Irak, à 70 km à l’est de Tal Afar, reprise début juillet à l’EI.

Puis l’été et ses chaleurs accablantes sont arrivés et les citernes d’eau se sont mises à bouillir. Le projet a donc dû évoluer. « On avait vraiment besoin de glace mais elle coûte extrêmement cher », explique cet Irakien aux cheveux et à la moustache noirs de jais.

De nouveaux membres ont rejoint son équipe et aujourd’hui, ils fournissent chaque jour 288 pains de glace, de quoi couvrir les besoins en eau fraîche de tous les combattants de sa brigade. Chaque jour, ce sont 13.000 litres d’eau, amenés quotidiennement par citerne ou en palettes de bouteilles chargés sur des camions, qui sont transformés en glace.

Parmi eux, Ziad Abdel Wahid, fonctionnaire qui a pris congé de son travail dans un ministère, et a un temps combattu au sein du Hachd. Mais après une blessure qui l’empêche désormais de monter au front, cet Irakien de 33 ans a décidé de poursuivre le combat autrement.

« En m’occupant de logistique, je peux rester près du front », se félicite celui qui deux fois par jour, à l’aube et au coucher du soleil charge des pick-up en direction du nord, vers al-Ayadieh, la dernière localité où les combats se poursuivent encore.

Pressé, il retourne rapidement à ses activités. Les combattants n’attendent pas. « Ils ont besoin d’eau et de glace, s’ils veulent avancer et combattre », lance son camarade, Aref Ahmed, casquette en camouflage vissée sur la tête.

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