La participation du ministre allemand des Affaires étrangères au conseil des ministres français a déjà fait beaucoup parler. Entre un «aveu de faiblesse» de la France et une «solidarité» renforcée des deux pays

A la suite du conseil des ministres franco-allemand qui s’est déroulé le 13 juillet, Angela Merkel et Emmanuel Macron étaient convenus de la participation régulière du ministre allemand des Affaires étrangères au conseil des ministres français et de celle de son homologue français au conseil des ministres allemand. En vertu de cet accord, le vice-chancelier allemand Sigmar Gabriel était présent au conseil des ministres de ce mercredi 30 août. Cette initiative est-elle synonyme du renforcement du couple franco-allemand ou atteste-t-elle d’une soumission de la France à l’Allemagne et à l’UE?Pour Patrick Martin-Genier, spécialiste des questions européennes et enseignant à Sciences-Po, cette idée vise à «renforcer la solidarité entre les deux pays, encore faut-il que cela débouche sur des projets communs, à la fois pour les deux pays mais également pour l’avenir de la construction européenne». Et pourtant, il y a aussi place pour des intérêts allemands, souligne-t-il:

«L’Allemagne attend manifestement de la France qu’elle se réforme en termes de finances publiques, d’endettement mais surtout en termes de réformes du marché du travail. Il y a une véritable attente de la part du gouvernement», explique M.Martin-Genier.

Angela Merkel, déçue par les deux précédents quinquennats français, a des projets plutôt contradictoires concernant la France, «une volonté à la fois de coopération mais il n’empêche que l’Allemagne attend de la France qu’elle se réforme».De ce fait et à en juger par leur parcours historique, le couple franco-allemand ne s’avère pas assez solide pour assurer à lui seul la construction européenne:

«Lorsqu’il est en désaccord sur un certain nombre de points, c’est un grain de sable qui enraye la machine de l’Union européenne», estime l’expert. « La coopération franco-allemande ne se suffit pas à elle-même, on pourrait imaginer par exemple que le ministre italien, espagnol, ou d’autres pays membres de l’UE, assistent régulièrement au conseil des ministres en France.»

Selon M.Martin-Genier, ce type de coopération franco-allemande, parfois critiquée, est importante pour créer une sorte de «mouvement dans la construction européenne».

Damien Lempereur, porte-parole du parti de Nicolas Dupont-Aignan, Debout la France, se montre plutôt persuadé que la présence de Sigmar Gabriel au conseil des ministres est un indice de l’obéissance de Paris à Berlin.

«Plus qu’un aveu de faiblesse, c’est un nouveau signe de la soumission de la politique nationale française à l’Allemagne», fustige-t-il. «L’Allemagne défend avant tout ses intérêts. La France est soit bien naïve, soit bien complice de ce qui est en train de se dérouler et, j’insiste là-dessus, qui ne profite pas à l’Europe, ni à la belle idée européenne, ni aux citoyens européens», estime-t-il, citant l’état de la Grèce pour éclaircir son idée.

De plus, le terme «initiative» ne convient pas dans ce contexte vu qu’on assiste à une continuité de la politique de François Hollande, la continuité malgré tout de la politique de Nicolas Sarkozy:

«Nous avons des Présidents de la République française qui au lieu de défendre les intérêts des citoyens français (…) préfèrent se soumettre à une puissance qui, elle, dans le même temps défend l’intérêt de ses citoyens.»Pour M.Lempereur, le fait de la présence du ministre allemand au conseil des ministres français est plutôt choquant, surtout lorsque l’on sait que ce n’est pas donnant-donnant et que les choses vont toujours dans le même sens.

«L’idée en principe de l’Europe, celle qui avait été accompagnée par le Général De Gaulle, l’idée des coopérations, la France a participé à de beaux projets européens et à de belles coopérations. Il est évident qu’aujourd’hui plutôt que de toujours, si je suis un peu provocateur, aller chercher ses ordres à Berlin, la France aurait de belles choses à faire avec d’autres pays au sein de l’Union européenne», résume-t-il. «La France reste dans ce schéma qui consiste à suivre docilement les instructions de Berlin.»

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