Dans la ville de Jajce, au nord-ouest de Sarajevo, des élèves bosniaques et croates ont obtenu gain de cause après une année de lutte : ils pourront continuer à étudier dans le même établissement.

À Jajce, ville bosnienne d’un peu moins de 10.000 habitants, lycéens bosniaques et croates vont pouvoir étudier ensemble à la rentrée, qui a lieu dans quelques jours. L’établissement avait pour projet de séparer les élèves bosniaques des Croates de Bosnie selon une division purement ethnique héritée de la fin de la guerre (1992-1995). En effet, le système scolaire bosnien est un véritable microcosme de la Bosnie-Herzégovine, qui a été déchirée par une guerre meurtrière de trois ans.

Bilan: un peu moins de 100.000 morts et quelque 250.000 blessés. Ce conflit, marqué par des épisodes particulièrement violents (crimes de guerres, massacres, viols, déplacements forcés de population…) a pris une dimension raciste qui a justifié une véritable purification ethnique. La Bosnie-Herzégovine se compose de trois peuples constituants, communément appelés «Entités»: les Bosniaques, les Croates et les Serbes. Les écoles et lycées bosniens suivent à la lettre, pour certains, ce schéma ségrégationniste. «Il est impossible de mélanger des pommes et des poires», avaient déclaré en juin les autorités cantonales en charge de l’éducation.

Après un an de lutte acharnée, à manifester dans les rues et à refuser coûte que coûte de céder aux sirènes nationalistes qui prévalaient pendant la guerre, des élèves bosniaques et croates ont réussi à faire céder leur nouvel établissement à quelques jours de la rentrée. Le lycée ne les séparera pas pour étudier. Quitte à suivre un programme scolaire croate car seules les écoles administrées par les Bosniaques se conforment au programme de Sarajevo. «Le lycée a toujours été un foyer pour moi. Et pour tous ceux que j’y côtoie. Nous avons éprouvé un choc en apprenant l’année dernière qu’on projetait de nous séparer», raconte Nikolas Rimac, lycéen. Ces jeunes étudiants bosniens dénoncent l’idée selon laquelle l’école serait une machine destinée à fabriquer des petits nationalistes, dociles et intolérants vis-à-vis des autres entités. «Si vous le pouviez, vous nous fourniriez des couteaux et des fusils pour que nous nous entre-tuons comme vous, il y a vingt ans», s’indigne Kristina, 17 ans.

Deux écoles sous le même toit

Si la décision de ne pas appliquer un programme ségrégationniste à la rentrée est une grande avancée pour les élèves de ce lycée, les écoles primaires de la ville de Jajce, elles, sont rentrées dans le rang. Et suivent rigoureusement le concept intitulé «deux écoles sous le même toit». Élèves croates et bosniaques ne suivent pas les mêmes programmes, n’ont pas les mêmes salles de classe et ne prennent pas le bus scolaire ensemble, tout est aménagé de manière à ce que les élèves ne se croisent jamais.

Certains font pourtant figure de résistants. Des professeurs refusent catégoriquement ce mode d’éducation ségrégationniste et encouragent vivement leurs élèves à s’insurger contre le fonctionnement même de la Constitution de la Bosnie-Herzégovine, qui n’a jamais été adopté démocratiquement. D’autres, optimistes, souhaitent partir du pays, se former à l’étranger et revenir en Bosnie pour y apporter des réformes. Quasiment un Bosnien sur deux vit à l’étranger, le pays connaît le taux de départ le plus important d’Europe avec 44,5 %.

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