C’est une tradition ancienne et élégante : le président américain sortant laisse à son successeur une lettre, qu’il trouve à son arrivée dans le Bureau ovale.

Celle de Barack Obama à Donald Trump, révélée sept mois après son départ, s’articule autour d’un conseil central : au-delà de l’âpreté du combat politique et de la brutalité des luttes de pouvoir, ne jamais perdre de vue l’importance des institutions démocratiques.

Cette missive d’un peu moins de 300 mots du 44e au 45e président de l’histoire des États-Unis prend un relief particulier après plusieurs semaines chaotiques pour Donald Trump, critiqué jusque dans son propre camp pour son manque de clarté – et de hauteur – après les violences racistes de Charlottesville.

« Cher monsieur le président » : le courrier, dont CNN a obtenu une copie, commence par des félicitations à l’aube de cette « grande aventure » qu’est la présidence.

« Des millions de personnes ont placé leurs espoirs en vous, et nous tous, au-delà des partis, devons espérer plus de prospérité et de sécurité sous votre présidence ».

Durant la campagne, Barack Obama avait martelé, avec une virulence qu’on ne lui connaissait pas, que le magnat de l’immobilier était à ses yeux un danger pour la démocratie : « Le sort de la république est entre vos mains », avait-il lancé aux électeurs quelques jours avant le scrutin.

Mais au lendemain de l’électrochoc du 8 novembre, alors que la famille démocrate était encore ébranlée par la défaite surprise d’Hillary Clinton, il avait insisté sur l’importance d’une transition apaisée et constructive avec l’extravagant milliardaire populiste, qu’il avait reçu dans le Bureau ovale pour un tête-à-tête longtemps inimaginable.

Soulignant combien il s’agit d’un poste unique pour lequel il n’existe aucune « recette simple », Barack Obama livre malgré tout dans sa missive quelques conseils ciselés à son successeur.

Insistant sur l’importance du « leadership américain » dans le monde, il met l’accent sur le poids de la parole des États-Unis : « Il nous appartient, par nos actes et par l’exemple que nous donnons, de soutenir l’ordre international qui s’est mis en place depuis la fin de la Guerre froide, et dont notre prospérité et notre sécurité dépendent ».

« Bonne chance »

Mais Barack Obama s’attarde aussi longuement sur la dimension singulière du rôle de président, au-delà des vicissitudes quotidiennes de la politique.

« Nous ne sommes que des occupants temporaires de ce poste », écrit-il. « Cela fait de nous des gardiens des institutions et des traditions démocratiques tels que l’État de droit, la séparation des pouvoirs, la protection des droits civiques pour lesquelles nos ancêtres se sont battus ».

« Quelles que soient les tensions de la politique au jour le jour, il nous appartient de laisser ces instruments de notre démocratie au moins aussi forts que dans l’état dans lesquels nous les avons trouvés », martèle-t-il.

Dernier conseil du 44e au 45e, dans un registre plus personnel : « Dans la bousculade des événements et face au poids des responsabilités, prenez du temps pour les amis et la famille. Ils vont aideront à surmonter les moments difficiles qui sont inévitables ».

« Bonne chance », conclut-il, se disant prêt à aider « de quelque manière que ce soit ».

Donald Trump, qui a publiquement souligné qu’il avait été touché par ce courrier, n’a jamais revu Barack Obama depuis sa prise de fonction.

Parmi toutes ces lettres de président à président, celle laissée, le 20 janvier 1993, par le républicain George H.W. Bush à son successeur démocrate Bill Clinton, a marqué les esprits, par sa dignité, sa classe.

« Votre succès est le succès de votre pays », y écrivait à la main le 41e président des États-Unis. « Je vous soutiens totalement », ajoutait-il à l’attention de son adversaire qui venait de le priver d’un second mandat.

Évoquant son « sentiment d’émerveillement et de respect » au moment où il était entré dans le prestigieux Bureau ovale quatre ans plus tôt, il ajoutait « Il y aura des moments très durs. Ne laissez pas les critiques vous décourager ».

JEROME CARTILLIER

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