Alors que les sanctions adoptées par l’ONU se sont avérées inefficaces à freiner les ambitions nucléaires de la Corée du Nord, le président américain envisage de recourir à des sanctions unilatérales. Pékin est plus que jamais dans le collimateur des États-Unis.

Le président américain Donald Trump a affirmé dimanche qu’il envisageait d’arrêter «tous les échanges commerciaux» avec les pays faisant des affaires avec Pyongyang, après l’annonce d’un nouveau test nucléaire mené par la Corée du Nord. «Les États-Unis examinent la possibilité, en plus d’autres options, de mettre fin à tous les échanges commerciaux avec tout pays faisant des affaires avec la Corée du Nord», a-t-il indiqué dans un tweet dans lequel il s’abstient toutefois de nommer la Chine, principal allié et soutien économique de Pyongyang, et destinataire de quelque 90% des exportations nord-coréennes.

De fait, le président américain devait réunir dimanche autour de lui son équipe de sécurité nationale afin de plancher à de nouvelles sanctions. «L’équipe de sécurité nationale suit le dossier de près», a indiqué Sarah Huckabee Sanders, porte-parole de la Maison Blanche. Dans la matinée, le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, avait indiqué qu’il comptait travailler à un projet de nouvelles sanctions à l’encontre de la Corée du Nord, afin d’isoler le régime communiste sur le plan commercial. «Je vais préparer une série de sanctions, que je vais présenter au président», a-t-il annoncé sur Fox News. «Ceux qui font des affaires avec eux (la Corée du Nord) ne pourront pas faire des affaires avec nous», a-t-il mis en garde, précisant que les États-Unis entendaient travailler avec leurs alliés et avec la Chine.

Début août, le Conseil de sécurité de l’ONU avait déjà adopté de nouvelles sanctions visant à empêcher notamment les exportations nord-coréennes de charbon, de fer, de minerai de fer, de plomb, de minerai de plomb, de poissons et de crustacés. La résolution 2371 prévoyait en outre l’interdiction de toute nouvelle société commune entre des entreprises étrangères et nord-coréennes et l’arrêt de tout investissement supplémentaire dans celles qui existent déjà. Enfin, la Banque du Commerce extérieur de la Corée du Nord, chargée des opérations en devises étrangères, a été ajoutée à une liste d’entités dont les avoirs sont gelés depuis de précédentes résolutions. Ces restrictions visent à priver le régime de Kim Jong-Un de sources de devises cruciales et ainsi enrayer son programme balistique et nucléaire controversé.

Le PIB nord-coréen en hausse de 3,9% en 2016

Le président américain Donald Trump avait aussitôt salué sur Twitter le vote unanime du Conseil de sécurité, soulignant que les nouvelles sanctions auraient «un très important impact financier» sur Pyongyang. «Un coût de plus d’un milliard de dollars pour la Corée du Nord», avait-t-il estimé, reprenant les chiffres avancés par la plupart des experts, alors que les exportations du «pays ermite» lui rapportent chaque années trois milliards de dollars. À condition bien sûr que les mesures prises soient respectées par tous les membres des Nations unies. Ce qui avait amené la Maison Blanche à indiquer dans un communiqué que «le président apprécie la coopération de la Chine et de la Russie pour assurer l’adoption de cette résolution».

Pékin, qui continue à privilégier une approche diplomatique et prône la reprise des négociations à six (les deux Corée, le Japon, la Russie, la Chine et les États-Unis), interrompues depuis 2009, a rapidement mis en avant sa bonne volonté. Le gouvernement chinois a ainsi annoncé dès la fin du mois d’août avoir interdit aux firmes et ressortissants nord-coréens d’établir de nouvelles entreprises sur son territoire, en application de la résolution 2371. Il avait déjà annoncé la semaine précédente la suspension de ses importations de fer, plomb et produits de la mer, après l’arrêt mi-février de ses achats de charbon.

Selon les douanes chinoises, le volume du commerce bilatéral entre les deux pays s’est établi à 456 millions de dollars en juillet dernier, en repli de 7 % par rapport à juin. Dans le détail, les importations en provenance de Corée du Nord sont tombées à 156,3 millions de dollars en juillet, en baisse de 3% sur un mois, marquant un effondrement de plus de 30 % sur un an. En sens inverse, les exportations chinoises vers le régime stalinien auraient également fléchi: elles étaient de 299,8 millions de dollars en juillet, soit en recul de plus de 8% par rapport à juin. Mais elles restaient en hausse de 55 % sur un an, et selon la Banque de Corée, le PIB nord-coréen aurait crû en 2016 de 3,9 %, son rythme le plus élevé depuis 17 ans. Un bon résultat imputé en large partie aux exportations vers la Chine, en dépit des sanctions.

Mesures unilatérales américaines

Depuis le premier essai nucléaire nord-coréen en 2006, l’ONU a imposé au total, avec le nouveau texte adopté le 6 août, sept trains de sanctions à la Corée du Nord, dont les trois derniers, nettement plus sévères que les précédents, incluent des mesures touchant directement à l’économie nord-coréenne. Mais ces dernières ayant échoué jusqu’ici à freiner les ambitions nucléaires de Kim Jong-Un, des voix s’élèvent à Washington pour un tour de vis unilatéral des États-Unis contre les entités étrangères en affaires avec Pyongyang. Washington a déjà annoncé fin août de nouvelles sanctions visant dix organisations et six individus chinois et russes, impliqués selon les États-Unis dans des transactions contribuant au financement du programme nucléaire nord-coréen. La société chinoise Zhicheng, grand importateur de charbon, ou encore Dandong Rich Earth, grand acquéreur de matières premières, faisaient partie des entités visées.

«Si j’étais un haut responsable d’une banque chinoise, je commencerais à m’inquiéter, car elle sera très clairement la prochaine sur la liste» à être frappée par «des amendes importantes ou des actions en justice», estimait récemment Anthony Ruggiero, chercheur au sein du groupe de pression conservateur Foundation for Defense of Democracies. Depuis son arrivée à la Maison Blanche en janvier, Donald Trump fait pression sur la Chine pour qu’elle use de son influence supposée sur Pyongyang. Mais de telles sanctions risquent de froisser le gouvernement chinois, s’inquiètent des diplomates américains. Favorable à des mesures contre des banques, Tom Malinowski, ancien haut responsable du département d’Etat dans l’administration de Barack Obama, prévient qu’il «faut faire attention à ce que les sanctions soient ciblées contre les activités qui bénéficient directement au régime nord-coréen et aux programmes balistique et nucléaire». «Il ne faut pas essayer de tuer tout échange et communication entre la Corée du Nord et la Chine, car c’est ce qui permettra in fine d’apporter du changement en Corée du Nord», a-t-il estimé lors d’un colloque récent à Washington.

Outre Pékin, qui contribue à hauteur de 92% au commerce avec la Corée du Nord, d’autres pays continuent d’entretenir des relations commerciales avec le «régime ermite» de Kim Jong-Un : l’Inde, le Pakistan, le Burkina Faso, la Russie, la Thaïlande et les Philippines. Il est à noter que les sanctions votées à ce stade ne concernent pas les livraisons de produits pétroliers à la Corée du Nord, ce qui porterait un rude coup à son économie, alors que plusieurs pays, dont la Chine, se sont dit soucieux d’épargner les populations civiles. Moscou a également mis en garde contre de nouvelles mesures qui aggraveraient la crise humanitaire sur place.

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