Nathalie Haddadi est jugée ce mardi au Tribunal correctionnel de Paris pour avoir envoyé de l’argent à son fils parti en Syrie et décédé depuis. Elle risque jusqu’à dix ans de prison, écrit Le Figaro.

Mère d’un «martyr» mort en Syrie en 2016, Nathalie Haddadi comparaît ce mardi à partir de 13h30 au Tribunal correctionnel de Paris pour «financement du terrorisme». Âgée de 42 ans, cette Alsacienne est accusée d’avoir envoyé 5500 euros à son fils qui s’en est servi pour rejoindre la zone irako-syrienne. Sur le banc des accusés, elle est accompagnée de son fils cadet et d’un ami du djihadiste, ayant également envoyé de l’argent.

«J’ai perdu mon fils. Ce jour-là, c’est comme si on m’avait ouvert la poitrine à vif. Et je me retrouve devant ce tribunal. J’ai le sentiment d’être à terre et que l’on continue à s’acharner», confie Nathalie Haddadi.

Avant de rejoindre le califat, le jeune homme est déjà bien connu des services de police: trafic de drogue, violences aggravées. Alors que sa mère est une «musulmane non pratiquante», lui se radicalise à la maison d’arrêt de Strasbourg à partir de 2014. Sous le coup d’une interdiction de sortie du territoire, le jeune homme rejoint Francfort (Allemagne) en novembre 2015, puis l’Algérie, dont il a la nationalité et où son père réside. Inquiète de sa radicalisation, elle lui envoie de l’argent pour le billet d’avion, afin «qu’il fasse sa vie là-bas», précise-t-elle à France Bleu.

Environ six mois plus tard, Abbes Bounaga a des envies de voyages. Sa mère, conseillère commerciale, lui envoie à nouveau de l’argent afin qu’il se rende en Malaisie pour profiter de vacances ensoleillées. Mais son fils ne se contente pas de visiter les îles de l’océan Indien. Il rejoint les Émirats arabes unis, puis l’Iran, la Turquie et enfin la Syrie. Il la contacte par téléphone et lui confie alors: «Maman, je t’aime, mais j’aime Dieu plus que toi».

Ses déplacements sont financés par les virements bancaires de sa mère, de son frère et d’un ami. De son côté, Nathalie Haddadi se défend et assure n’avoir eu aucune connaissance de la destination finale. Abbes Bounaga lui avait garanti avoir besoin de cet argent pour payer des frais d’hospitalisation en Malaisie. À l’été 2016, un appel sur l’application Viber lui apprend finalement que son fils est décédé en kamikaze en zone de combat irako-syrienne.

Ce mardi, la 16e chambre du Tribunal correctionnel de Paris doit déterminer si apporter une aide pécuniaire à une personne radicalisée signifie participer au financement du terrorisme. Le Code pénal est très précis sur le sujet : «constitue également un acte de terrorisme le fait de financer une entreprise terroriste en fournissant, en réunissant ou en gérant des fonds, des valeurs ou des biens quelconques (…)». Si la justice décide de rendre coupable Nathalie Haddadi, de nombreux autres parents de djihadistes français pourraient se retrouver également sur le banc des accusés.

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