2001, 2006, 2013… L’histoire des tentatives de réforme du système d’immigration américain est semée d‘échecs. Paradoxalement, le président Donald Trump a redonné un modeste espoir aux partisans d’une régularisation des sans-papiers.

C’est une décision hostile aux clandestins qui a fait repartir la machine, quand Donald Trump a abrogé, mardi, le programme “Daca”, une invention de Barack Obama qui avait permis de donner à près de 800.000 jeunes en situation irrégulière un statut légal, bien que temporaire et n’ayant pas force de loi.

L’attitude du dirigeant républicain est équivoque. D’un côté, il a tenu une promesse de campagne en appliquant sa politique de tolérance zéro contre l’immigration clandestine et en supprimant ce Daca que les républicains considéraient comme un abus de pouvoir de l’exécutif.

Mais de l’autre, il parle de sa compassion pour ces “Dreamers” (“rêveurs”) qui ne connaissent que l’Amérique et a donné six mois au Congrès pour sortir de l’impasse. Car ce n’est qu’en mars que la suppression de Daca sera effective.

“C’est le boulot du Congrès de légiférer”, a tancé sa porte-parole. “On apprend cela en troisième”.

Les parlementaires pourraient enfin agir à l’approche de cette date-butoir de mars, et face aux visages de ces centaines de milliers de jeunes, souvent parfaitement intégrés, dont médias et élus racontent quotidiennement les histoires.

“C’est peut-être ce qu’il nous fallait au Congrès pour qu’on se réveille”, dit le sénateur républicain Lindsey Graham, qui promeut une proposition de régularisation, intitulée Dream Act, avec son collègue démocrate Dick Durbin.

Ces élus veulent que le Congrès régularise, dans un premier temps, les sans-papiers arrivés enfants aux Etats-Unis.

L’opinion publique y est favorable à 76%, selon un sondage Politico.

Fait nouveau, des centaines d’universités et d’entreprises, de Facebook à Microsoft, militent activement pour ces régularisations.

“Le débat a beaucoup changé en quelques années”, observe Doris Meissner, experte au Migration Policy Institute à Washington. “Je n’ai jamais vu le monde des entreprises s’engager autant sur l’immigration”, dit-elle à l’AFP.

Les élus républicains sont sensibles à ces pressions, a fortiori quand elles proviennent de leurs circonscriptions.

— Compromis avec les conservateurs? –

Si une forme de “Dream Act” était soumise à un vote, elle serait probablement adoptée grâce aux voix de l’opposition démocrate et de républicains modérés.

“Le Congrès a six mois devant lui, mais cela ne devrait prendre que six heures”, a résumé John Kasich, gouverneur de l’Ohio et ancien candidat modéré aux primaires républicaines pour la présidentielle.

Mais les dirigeants républicains ont refusé jusqu‘à présent de mettre ce sujet à l’ordre du jour, par peur de représailles de la faction conservatrice.

L’enjeu des prochains mois est donc de savoir quelles contreparties pourraient être intégrées à une loi codifiant Daca dans le droit.

Donald Trump veut que son mur à la frontière mexicaine soit financé. Il l’a redit mercredi: “Je voudrais quelque chose où on a une bonne sécurité à la frontière”.

Les républicains anti-immigration ont dans leurs cartons un arsenal de propositions pour restreindre le nombre de visas pour les travailleurs étrangers afin, disent-ils, de protéger la main d’oeuvre américaine; pour mieux traquer les visiteurs qui dépassent la date d’expiration de leurs visas; ou pour forcer les entreprises à vérifier le statut migratoire de leurs salariés.

Des conservateurs, dont l‘étoile montante Tom Cotton, ont une proposition, soutenue par Donald Trump, visant à diviser par deux le nombre de cartes vertes (d’un million à 500.000 par an) en supprimant des catégories de regroupement familial ainsi que la fameuse loterie annuelle.

Paul Ryan, ce quadragénaire qui préside la Chambre et a réussi jusqu‘à présent à maintenir l’unité au sein de son turbulent groupe républicain, est lui-même favorable aux régularisations.

Mais, dans une position délicate, il a prévenu: “Nous voulons résoudre le problème pour ces jeunes gens, mais également régler la source du problème, afin que nous ne revenions pas à la case départ dans dix ans”.

Ces débats se dérouleront dans les prochains mois. Les démocrates, qui ont un pouvoir de blocage au Sénat, pourraient en outre utiliser une autre date-butoir comme moyen de chantage: le 15 décembre, échéance avant laquelle le Congrès doit s’entendre pour relever le plafond de la dette et financer l’Etat fédéral.

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