Le président français a proposé que chaque pays membre débatte d’un nouveau projet européen commun.

Dans le maniement des symboles, Emmanuel Macron donne parfois l’impression d’en faire un peu trop. Mais jeudi en Grèce, pour sa première visite d’État officielle depuis son élection, il s’est déchaîné, comme pour donner corps à son ambition de «renouer avec l’héroïsme politique» et son souhait de «retrouver le sens du récit historique». Deux thèmes qu’il avait évoqués dans son entretien fleuve au Point , la semaine dernière.

Fraîchement décoré des insignes de «Grand-Croix de l’ordre du Sauveur», la plus haute distinction grecque, par le président Prokopis Pavlopoulos, Emmanuel Macron s’est rendu sur la colline de la Pnyx pour y délivrer un «grand discours» sur l’Europe. Un lieu choisi avec soin pour servir d’écrin aux propos présidentiels. Avec l’Acropole en toile de fond, c’est là que se réunissaient les citoyens grecs dans l’Antiquité pour y délibérer ou y voter le budget de la cité. «Là où est née la démocratie européenne, là où le cœur même de notre ambition européenne s’est déployé», expliquait Emmanuel Macron peu avant son discours. Là aussi où se sont concentrées l’ensemble des crises affrontées par l’Europe ces dix dernières années, de celle financière à celle sociale en passant par celle des migrants. «Nous trouvons encore en Grèce les maux exacerbés dont souffre l’Europe», soulignait le président de la République dans la matinée.

La Grèce, Athènes, la colline de la Pnyx… l’endroit idéal pour marquer les esprits donc, et notamment ceux des citoyens des vingt-sept pays de l’Union européenne à qui s’adressait ce discours de «refondation». «Ces lieux nous questionnent. Puisque c’est ici que fut inventée la forme moderne de l’État, ici que cette cité d’Athènes construisit patiemment par la souveraineté du peuple la souveraineté de son destin, nous devons nous demander sans complaisance: qu’avons-nous fait, nous Européens, de notre souveraineté?», a commencé Emmanuel Macron, avant d’enchaîner sur deux autres questions: «Qu’avons-nous fait, nous, de la démocratie? (…) Nous, européens, nous faisons-nous encore confiance?» Pour le président de la République, la crise grecque l’a montré: «En Europe, la souveraineté, la démocratie et la confiance sont aujourd’hui en grand danger.» D’où son projet, présenté en France durant la campagne présidentielle, de lancer des conventions dans les pays de l’Union pour sortir de l’impasse dans laquelle le continent s’est engagé en 2005, après l’échec des référendums français et néerlandais sur un traité de Constitution. Une sorte de «grande marche» européenne sur le modèle de celle qu’Emmanuel Macron avait lancée pour bâtir son programme mais portée à l’échelle des Vingt-Sept.

Dégager des priorités d’action

Des «conventions démocratiques» dont le but serait de faire débattre les peuples non sur une question fermée ou édictée par des techniciens, mais sur leurs principales préoccupations, afin de dégager des priorités d’action «pour les cinq à dix ans qui viennent», a expliqué Emmanuel Macron pendant que le soleil se couchait sur l’Acropole, et après avoir cité Périclès plusieurs fois.

Concrètement, la consultation se déroulerait sur six mois, avec ensuite un temps d’analyse et de synthèse à l’été 2018. Pour les détails de la refondation de la zone euro, Emmanuel Macron s’est en revanche montré plus flou, se contentant d’appeler ses partenaires à oser un budget européen ou un ministre des Finances des Vingt-Sept. Pour ses sujets, les obstacles sont nombreux, tout comme ses adversaires. Pas sûr que la lourdeur des procédures européennes cède devant son «héroïsme politique». Emmanuel Macron a d’ailleurs terminé son discours comme s’il lançait de la poudre de perlimpinpin: «Ce que nous espérons est entre nos mains. Désirons-le ensemble pour nous et pour nos enfants, et nous réussirons.»

François-Xavier Bourmaud (Le Figaro)

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