La coalition de droite norvégienne et ses petits alliés de centre droit sont crédités d’une très courte avance à l’issue des législatives de lundi, ce qui pourrait permettre à la cheffe du gouvernement Erna Solberg d’être la première conservatrice en plus de 30 ans à remporter deux élections d’affilée dans ce riche pays nordique.

Selon des projections officielles réalisées après décompte de 76,8 % des suffrages, conservateurs et populistes du parti du Progrès (anti-immigration) remporteraient avec leurs alliés une étroite majorité de 87 sièges sur les 169 que compte le Parlement, soit neuf mandats de moins qu’en 2013.

Extrêmement serrés, ces résultats provisoires, appelés à être affinés tout au long de la soirée, confirment la thèse d’un « thriller électoral » annoncé par les éditorialistes ces dernières semaines dans le royaume de 5,3 millions d’habitants.

« Je ne pense pas que l’on puisse déclarer victoire concernant la possibilité de quatre nouvelles années au gouvernement, mais cela semble très prometteur », a estimé la dirigeante du parti du Progrès, Siv Jensen, au bord des larmes devant les militants.

L’opposition de gauche, conduite par le travailliste Jonas Gahr Støre, et les écologistes, indépendants des deux blocs mais opposés à un gouvernement comprenant les populistes, sont quant à eux crédités de 82 mandats.

« Tout peut se produire. Je suis optimiste: on va gagner », estimait pour sa part Lina Johanssen, une étudiante en sciences politiques de 20 ans, assistant à la soirée électorale du parti travailliste, pourtant promis à un lourd revers.

Si les résultats devaient être confirmés, ce serait la première fois qu’un chef de gouvernement conservateur remporte deux mandats d’affilée depuis la réélection de Kåre Willoch en 1985.

« Je suis prête pour quatre années de plus », a assuré Mme Solberg plus tôt dans la journée après avoir voté dans une école de sa ville natale de Bergen (ouest). « Reste à voir si le peuple norvégien est prêt à quatre ans de plus avec moi ».

Rassurante continuité 

Formant depuis quatre ans un gouvernement minoritaire avec le parti du Progrès, cette dirigeante populaire et chevronnée de 56 ans a, pendant la campagne, joué la carte d’une rassurante continuité.

Sous sa baguette, la Norvège, plus gros producteur d’hydrocarbures d’Europe de l’Ouest, a surmonté avec succès deux crises graves, celle du secteur pétrolier liée au plongeon du cours du baril à compter de l’été 2014 puis celle des migrants en 2015.

Le gouvernement a abaissé la pression fiscale pour relancer l’économie et la préparer à l’âge post-pétrolier, quitte à se servir – trop généreusement selon l’opposition et nombre d’économistes – dans l’astronomique fonds souverain du pays, qui pèse près de 1.000 milliards de dollars.

En face, M. Støre, un millionnaire diplômé de Sciences Po Paris, promettait de réduire les inégalités et de relever les impôts des plus riches pour consolider l’État-providence cher aux Norvégiens.

« Nous avons besoin d’un changement maintenant parce que nous sommes en train de nous écarter les uns des autres », a dit le responsable travailliste de 57 ans après avoir voté à Oslo dimanche.

Conservateurs et travaillistes s’accordent sur de nombreux points: poursuite des activités pétrolières dans l’Arctique, politique d’immigration sévère, importance de liens étroits avec l’UE dont le royaume n’est pas membre…

Les lignes de partage sont relativement petites et les problèmes mineurs dans une Norvège qui trône en tête de très nombreux classements et qui a été déclarée « pays le plus heureux au monde » en mars dans un très officiel rapport de l’ONU.

Les écologistes, que les sondages voyaient potentiellement dans une position charnière, ressortiraient sous le seuil des 4 %, selon les projections provisoires, déclenchant sans doute des soupirs de soulagement au sein de l’industrie pétrolière.

Ils réclamaient en effet la fin immédiate de toute nouvelle prospection d’hydrocarbures et l’arrêt de la production pétrolière d’ici 15 ans.

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