La Corée du Nord ne pose pas de menace directe à l’endroit du Canada, malgré ses menaces et sa capacité réelle d’atteindre l’Amérique du Nord, estiment les autorités militaires et diplomatiques canadiennes.

Lors d’un témoignage devant un comité parlementaire à Ottawa jeudi, des représentants du ministère de la Défense et des Affaires étrangères ont reconnu que la Corée du Nord peut poser une menace à l’égard de la stabilité internationale et à celle des États-Unis.

«Mais il n’y a pas eu de menaces directes à l’encontre du Canada», a déclaré Mark Gwozdecky, sous-ministre adjoint responsable de la sécurité internationale et des affaires politiques au ministère des Affaires étrangères du Canada.

«Au contraire, lors de récents contacts avec le gouvernement nord-coréen, incluant au mois d’août lorsque notre conseiller national en matière de sécurité était à Pyongyang, les indications étaient qu’ils perçoivent le Canada comme étant un pays pacifique et amical», a-t-il ajouté.

Le conseiller national en matière de sécurité du premier ministre Justin Trudeau, Daniel Jean, a mené une délégation canadienne à Pyongyang le mois dernier pour discuter de la détention du pasteur canadien Hyeon Soo Lim.

NORAD aux aguets

Le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD) s’est montré plus préoccupé que la diplomatie canadienne par cette menace nord-coréenne.

«Les récentes démonstrations des capacités grandissantes en matière de missiles balistiques et d’armes nucléaires de la Corée du Nord représentent une préoccupation de plus en plus importante pour la défense nord-américaine – une préoccupation qui a cru beaucoup plus rapidement et de façon beaucoup plus importante que ce que les experts avaient anticipé», a déclaré le lieutenant général Pierre St-Amand, commandant adjoint de l’organisation chargée de défendre l’espace aérien canadien et américain.

Le lieutenant général a noté qu’«au cours de ses cinq années en tant que guide suprême, Kim Jong-un a mené près de trois fois plus d’essais de missiles balistiques que son père et son grand-père l’ont fait lors de leur règne combiné de 63 ans au pouvoir».

Il a expliqué que NORAD examine tant la capacité que l’intention quand vient le temps d’évaluer l’importance d’une menace. «En ce qui concerne la capacité, la Corée du Nord a démontré, grâce à des essais […] consécutifs, ses capacités à atteindre l’Amérique du Nord, et sa détermination à résoudre les défis opérationnels qui subsistent. Du côté de l’intention, la Corée du Nord a été explicite quant à son intention d’utiliser ces armes contre les États-Unis. Toutefois, cette volonté exprimée doit être comprise du moins en partie dans le contexte de ses objectifs stratégiques dans leur ensemble, c’est-à-dire d’élaborer sa propre force de dissuasion stratégique contre les États-Unis», a-t-il indiqué.

Rôle diplomatique pour le Canada

Stephen Burt, chef adjoint du renseignement de la Défense nationale, a dit préférer pour sa part parler de «capacité», plutôt que d’«intention», la première notion étant plus facile à déterminer.

«Pyongyang a maintenant clairement démontré une capacité réelle d’atteindre l’Amérique du Nord», a-t-il déclaré.

«Nous n’avons pas actuellement la preuve d’un missile balistique intercontinental clairement fonctionnel, [mais] compte tenu des progrès qu’ils ont faits jusqu’ici, nous croyons que ce n’est qu’une question de temps avant que la Corée du Nord développe un missile balistique nucléaire fiable», a-t-il cependant ajouté.

Dans la mesure où le Canada a décidé en 2005 de ne pas participer au bouclier antimissile américain, les Canadiens ne devraient pas s’attendre à ce que les États-Unis se ruent immédiatement à leur défense advenant une attaque, a laissé entendre le lieutenant général St Amand.

«On nous dit à Colorado Springs que la politique américaine est de ne pas défendre le Canada.»

M. Gwozdecky a dit quant à lui croire que les récents développements en Corée du Nord sont d’abord et avant tout motivés par une volonté de survie du régime de Kim Jong-un. Il a insisté sur l’importance d’avoir recours aux voies diplomatiques pour trouver une solution à la situation actuelle.

À cet égard, le Canada pourrait avoir un rôle à jouer, croit le haut fonctionnaire, en raison de sa proximité des États-Unis et de la perception de Pyongyang. «Nous sommes perçu comme étant un joueur sérieux sans ordre du jour particulier».

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