Contre investissement, l’île de Chypre octroie des passeports chypriotes, et donc européens, à des personnalités richissimes, originaires entre autres de Russie et d’Ukraine.

Depuis 2013, la République de Chypre, membre de l’Union européenne, a gagné plus de 4 milliards d’euros d’une manière simple et ingénieuse : en octroyant un passeport chypriote à des milliardaires contre un investissement. Avec ce « passeport en or », ces personnes peuvent ensuite circuler, vivre et travailler n’importe où en Europe. Ils sont plus de 400 à en avoir profité cette année, révèle The Guardian qui a pu avoir accès aux fichiers sur ce sujet controversé, et des milliardaires russes et ukrainiens, accusés de corruption, en font partie. Si le fait d’« acheter » un passeport peut surprendre certains, ce n’est pas nouveau, cela remonterait même à 1984 aux Caraïbes, avec l’île de Saint-Christophe-et-Niévès, la pionnière du genre.

Chypre a lancé cette réglementation particulièrement adaptée aux milliardaires en 2013 afin de renflouer ses caisses après plusieurs années de crise. Le fonctionnement est simple : le gouvernement chypriote donne un passeport à la personne capable d’investir 2 millions dans l’immobilier ou 2,5 millions dans les entreprises et les obligations d’État. Pas besoin de parler la langue et d’être domicilié sur l’île, une simple visite tous les sept ans suffit.

Grâce à ce passeport, les milliardaires peuvent se déplacer, sans visa, dans 147 États dont le Japon et le Royaume-Uni, rapporte Le Figaro, tandis qu’un citoyen russe ne peut en visiter que 105 avec son passeport national.

Des hommes riches et corrompus

Le journal britannique a pu observer la liste des noms de ces bénéficiaires. Une première en quatre ans. Résultat peu étonnant : s’y trouvent des hommes d’affaires, des personnalités ayant une influence considérable sur la politique, des oligarques russes et élites ukrainiennes accusés de corruption, mais aussi un ancien membre du parlement russe, les fondateurs de la plus grande banque commerciale ukrainienne et un milliardaire dont la fortune repose sur les jeux d’argent.

Cet échange entre l’île et ces hommes riches n’a pas attendu 2013 pour exister, il était simplement plus arbitraire, moins formel et donné par les ministres. Parmi les bénéficiaires précédant la réglementation actuelle, figurent un collectionneur d’art qui a acheté un manoir à Donald Trump, un homme d’affaires syrien, proche du président Bachar el-Assad ainsi que le cousin de ce dernier, Rami Makhlouf, en 2010, malgré des sanctions américaines à son égard pour corruption en 2008.

Pas le seul

Cependant, le Ministère des Finances maintient que le programme « golden visa » est destiné à « des investisseurs authentiques, qui établissent une base commerciale et acquièrent une résidence permanente à Chypre », « rigoureusement contrôlés ». Il se défend également en disant que la Chypre n’est pas le seul pays à user de ce stratagème et que rien n’indique que les bénéficiaires se sont mal conduits.

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