Après avoir tenu un discours symbolique à Florence sur le Brexit, la première ministre britannique a accordé une entrevue exclusive à La Repubblica (que nous publions ici dans le cadre de l’alliance Lena) dans laquelle elle résume sa position et sa vision de l’avenir des rapports entre le Royaume-Uni et le continent.

«Nous serons toujours aux côtés de l’Europe. Nous voulons former une alliance profonde et unique avec l’Union européenne. Et nous avons à cœur que l’UE prospère, parce que son succès sert nos intérêts et les intérêts de tous.». Rentrée à Londres après avoir tenu un discours symbolique à Florence sur le Brexit, c’est en ces termes que Theresa May résume sa position et sa vision de l’avenir des rapports entre le Royaume-Uni et le continent, dans l’entrevue exclusive accordée au journal italien La Repubblica (que Le Figaro publie ici dans le cadre de l’alliance Lena). Elle souligne que «rien ne changera l’attachement que porte le peuple britannique à cette merveilleuse Europe.» Reste à savoir si cela suffira pour faire progresser les négociations et trouver un accord. En tout cas, une chose est sûre: le ton s’est

LA REPUBBLICA.- Pourquoi avoir choisi Florence pour ce discours ?

Theresa MAY. – Parce que cette ville est un symbole de l’Europe et entretient des liens culturels et économiques étroits avec le Royaume-Uni. C’est une ville dont l’histoire a contribué à forger le monde moderne, et c’était donc pour moi le lieu idéal pour m’exprimer au sujet de l’avenir, au moment précis où s’ouvre un nouveau chapitre de l’histoire britannique.

Quel est message souhaitiez-vous faire passer aux gouvernements et aux peuples d’Europe ?

Je voulais leur dire que quitter l’Union ne signifie pas abandonner l’Europe. La Grande-Bretagne a toujours été et sera toujours aux côtés de ses amis et alliés dans la défense de nos valeurs communes de liberté, de démocratie, de droits de l’homme et d’État de droit. Et cela ne changera pas lorsque nous aurons quitté l’UE. Par ailleurs, nos partenaires ne doivent pas craindre d’être désavantagés dans le cadre du plan financier adapté de l’UE au motif que nous quittons l’UE. Nous honorerons les engagements pris lorsque nous en étions membres.

Vous dites souvent que la Grande-Bretagne abandonne l’Union, mais pas l’Europe. Quelle est exactement la différence ?

Le peuple britannique souhaite reprendre le contrôle direct des décisions qui le concernent intimement. Pour autant, nous resterons fièrement membres de la Nation européenne. Nous conservons notre vision d’une alliance profonde et particulière avec l’UE. Et évidemment, nous continuerons de défendre l’ordre international auquel nous avons œuvré ensemble laborieusement, ainsi que les valeurs qui nous lient.

Pour de nombreux Européens, la Grande-Bretagne, tout comme les États-Unis, compte parmi les pays qui ont versé leur sang pour nous sauver de la tyrannie. Faut-il craindre qu’en cas de nécessité, vous ne nous prêtiez plus main-forte ?

Nous continuerons de défendre activement la future stabilité, sécurité et prospérité de tous nos voisins et amis européens. Nous continuerons d’exploiter pleinement nos ressources militaires et diplomatiques dans le cadre des actions internationales nécessaires à la sécurité et à la prospérité du continent tout entier. C’est la raison pour laquelle j’ai évoqué dans mon discours le nouvel accord stratégique entre la Grande-Bretagne et l’UE. Nous voulons collaborer de la manière la plus étroite possible afin de protéger nos citoyens, promouvoir nos valeurs et assurer la sécurité du continent.

Brexit… Hard Brexit, Soft Brexit: quel type de sortie envisagez-vous en fin de compte ?

Je veux une Grande-Bretagne forte et mondiale, reposant sur un partenariat profond et particulier avec l’Union. Je crois en une Grande-Bretagne leader mondial, qui recherche des accords de libre-échange avec ses vieux amis et de nouveaux partenaires dans le monde entier.

Le référendum a révélé que votre pays est divisé en deux camps à peu près égaux. De même, les négociations ont mis au jour des divergences d’opinions au sein de votre gouvernement et de votre parti. En tant que première ministre, pensez-vous que votre mission consiste à représenter votre pays tout entier, et l’ensemble de votre parti, ou seulement ceux qui sont pleinement d’accord avec vous ?

Je suis la première ministre de l’ensemble du Royaume-Uni, et à ce titre, dans toutes nos discussions, je parlerai au nom du pays tout entier. Dans la quête d’un accord avec l’Union européenne, nous tiendrons compte des intérêts spécifiques de chaque nation et région du Royaume-Uni, et nous travaillons déjà en étroite collaboration avec l’Écosse, le Pays de Galles et l’Irlande du Nord dans ce cadre. Ma mission est de parvenir au consensus.

L’UE affirme que vous ne pouvez avoir les mêmes droits en dehors de l’Union. Vous êtes d’accord ?

Évidemment. Je ne prétends pas bénéficier des mêmes avantages sans accepter les obligations liées à l’adhésion. Sur le marché commun, par exemple, nous comprenons et respectons la position selon laquelle les quatre libertés qui en constituent l’essence sont indivisibles, et qu’il est impossible de choisir seulement celles qui nous conviennent, c’est pourquoi nous n’en ferons plus partie. À Florence, j’ai illustré ma vision d’une nouvelle alliance économique audacieuse. Nous pouvons être créatifs par rapport à la forme que nous lui donnerons. Je suis optimiste: je crois en un avenir qui bénéficie aux deux parties. Certes, le tableau sera différent, mais il est possible d’atteindre un accord satisfaisant pour tous.

Voulez-vous que l’UE, hors Grande-Bretagne, demeure une puissance stable, ou pensez-vous qu’il serait préférable que d’autres pays choisissent la même voie que la Grande-Bretagne ?

Nous voulons que l’Union européenne prospère parce que son succès sert les intérêts du Royaume-Uni et du reste du monde. Nous proposons un nouveau partenariat de valeurs et d’intérêts, et une alliance qui nous ancrent solidement au monde.

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