Un tribunal turc a commencé lundi à procéder à l’audition de témoins lors de la reprise du procès de dix-sept collaborateurs du quotidien d’opposition Cumhuriyet jugés pour « activités terroristes », au grand dam des défenseurs de la liberté de la presse.

Au total, 17 dirigeants, journalistes et autres employés actuels ou passés de Cumhuriyet sont accusés d’avoir aidé diverses « organisations terroristes armées ». Ils risquent jusqu’à 43 ans de prison.

Parmi ces cinq personnes figurent le patron du journal Akin Atalay, son rédacteur en chef Murat Sabuncu et le chroniqueur Kadri Gürsel détenus depuis fin octobre, mais aussi le journaliste d’enquête Ahmet Sik arrêté fin décembre. Yusuf Emre Iper, un comptable du quotidien écroué en avril, reste lui aussi en prison.

Les collaborateurs du journal sont accusés d’avoir aidé trois « organisations terroristes armées »: un groupuscule d’extrême gauche appelé DHKP-C et le mouvement du prédicateur Fethullah Gülen, appelé FETO par les autorités et accusé d’avoir fomenté le coup d’Etat manqué du 15 juillet 2016.
« J’ai travaillé avec eux et je connais leur passé. Ces collègues ne peuvent pas être des terroristes, il ne peuvent pas être des membres de FETO », a déclaré au tribunal lundi un des témoins de la défense, Alev Coskun, écrivain et membre de la fondation de Cumhuriyet.

La rédaction de Cumhuriyet s’était attirée les foudres de M. Erdogan après avoir publié en 2015 un article affirmant qu’Ankara livrait des armes à des islamistes en Syrie. Son directeur d’alors, Can Dündar, exilé en Allemagne, est jugé par contumace.

Quelque 200 manifestants se sont rassemblés devant le palais de justice à Istanbul où se déroule l’audience, brandissant des portraits des journalistes jugés et des banderoles avec les inscriptions « la liberté aux journalistes » et « la liberté de la presse ne peut être réduite au silence ».

Pour les défenseurs des droits de l’homme, ce procès traduit le déclin des libertés en Turquie depuis le putsch manqué, suivi de purges massives qui ont frappé les milieux critiques: élus prokurdes, médias et ONG.
Selon le site P24, spécialisé dans la liberté de la presse, quelque 170 journalistes sont détenus en Turquie.
Celle-ci occupe la 155e place sur 180 au classement 2017 de la liberté de la presse établi par RSF.

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