L’exécutif catalan doit présenter ce vendredi les modalités du scrutin de dimanche, dont il continue d’affirmer qu’il aura lieu.

Madrid maintient de son côté la pression, après une nouvelle saisie de matériel électoral et la mise en place de renforts policiers pour bloquer les accès aux bureaux de vote.

À J-2 du référendum d’autodétermination en Catalogne interdit par la justice espagnole, les dirigeants séparatistes, plus décidés que jamais, doivent détailler les modalités du scrutin de dimanche. Ces annonces sont particulièrement attendues, alors que les mesures prises par Madrid, et notamment les saisies de matériel électoral, semblent compromettre grandement le scrutin voulu par le gouvernement catalan. Les autorités espagnoles continuent par ailleurs de multiplier les menaces de sanctions et perquisitions. Voici les principaux éléments nouveaux à retenir, à deux jours de la date fixée.

Le président catalan réaffirme une nouvelle fois sa détermination

«Nous irons jusqu’au bout», a affirmé le président de cette région du nord-est de l’Espagne, Carles Puigdemont, jeudi, au cours d’une réunion avec des représentants des centres scolaires où pourraient se trouver les bureaux de vote. Il a assumé devant eux «toute la responsabilité» de l’organisation du référendum avec son gouvernement régional et n’entend pas reculer «d’un millimètre sur des droits fondamentaux». «Nous irons voter parce que nous sommes libres», a affirmé de son côté la ministre catalane de l’Éducation citée par El Pais.

Une autre rencontre a eu lieu le même jour entre des représentants des gouvernements central et régional, dont Carles Puigdemont. Cette réunion de «coordination en termes de sécurité» s’est conclue sur un dialogue de sourds. «Ce qui compte le plus, c’est que le vivre-ensemble soit préservé», a conclu à son issue Joaquin Forn, chargé des affaires intérieures au sein de l’exécutif catalan. «Mais il est évident que nous n’arrêterons pas la convocation du référendum.»

Le matin même, Carles Puigdemont avait diffusé un tweet ironique et quelque peu énigmatique. «Minerve contre Anubis», a écrit le président catalan pour accompagner une vidéo diffusée par le directeur de communication catalan montrant la fabrication de bulletins. Minerve est une divinité romaine liée à la sagesse, aux arts et à la technique de la guerre, tandis qu’Anubis est la divinité de la mort en Égypte antique. Il s’agit également, rappelle le Huffington Post, du nom donné par la Garde civile à l’opération visant à empêcher le référendum.

De leur côté, les autorités ont multiplié les perquisitions et les menaces de sanctions. La Garde civile a ainsi saisi 2,5 millions de bulletins de vote et quatre millions d’enveloppes dans un entrepôt à Igualada, à proximité de Barcelone. La police a également trouvé des urnes – une centaine- pour la première fois depuis qu’elle multiplie les opérations en Catalogne pour saisir du matériel, bien qu’on ignore si celles-ci ont vraiment un lien avec le scrutin. L’entreprise possédant l’entrepôt a assuré qu’elles étaient destinées au FC Barcelone.

Jeudi, entre 16.000 et 80.000 lycéens et étudiants favorables au référendum, selon la police ou les organisateurs, se sont donné rendez-vous devant l’Université de Barcelone, un bâtiment historique du centre de la ville. Aux cris de «Nous voterons! Indépendance!», ils ont manifesté dans le centre de Barcelone, sans incident.

Cette manifestation étudiante, l’une des plus importantes, coïncidait avec le mouvement de grève lancé par les étudiants depuis mercredi pour réclamer l’ouverture des établissements scolaires, dimanche, auxquels les autorités espagnoles ont prévu d’interdire l’accès.

La mise en garde de l’ONU

Deux experts de l’ONU ont demandé à Madrid de faire preuve de prudence. «Indépendamment de la légalité du référendum, les autorités espagnoles ont la responsabilité de respecter des droits essentiels pour les sociétés démocratiques», ont affirmé David Kaye, rapporteur spécial pour la promotion du droit à la liberté d’opinion et d’expression, et l’expert indépendant Alfred de Zayas. Les policiers catalans ont estimé que l’ordre de fermer les bureaux de vote augmentait le risque de confrontations entre manifestants et policiers. «Nous craignons que cette consigne, et la rhétorique qui va avec, n’attisent les tensions et les troubles», ont confirmé les deux experts.

Alfred de Zayas a par ailleurs indiqué au journal suisse Le Temps avoir écrit, «au secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, pour l’exhorter à mettre en place une médiation».

Les séparatistes catalans ont appelé leurs partisans à se mobiliser, mais en préconisant des formes de résistance pacifique. Les organisations populaires indépendantistes ANC (Assemblée nationale catalane) et Omnium demandent à la population de former des files d’attente en cas d’accès impossible aux bureaux de vote, en exerçant une «résistance passive» avec «zéro violence».

Les deux organisations sont habituées aux actions non violentes. Le risque le plus fort de troubles pourrait plutôt venir de membres de groupes anarchistes étrangers qui, selon les journaux El Confidencial et El Español , sont déjà arrivés à Barcelone. Quatre mille policiers venus d’autres régions d’Espagne ont été déployés pour empêcher le référendum et les débordements. Ils rejoignent sur place 5000 policiers espagnols basés en Catalogne et 17.000 policiers catalans, les «Mossos d’Esquadra».

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