Les conservateurs de l’ÖVP sont donnés en tête des intentions de vote pour les législatives de ce dimanche. Reste à déterminer la forme que prendra la future coalition qui dirigera le pays.

L’histoire ne bégaie pas. En Autriche, l’extrême droite n’est pas en mesure de remporter les législatives, comme elle le fut pour la présidentielle l’an dernier. Le Parti de la liberté (FPÖ), mené par Heinz-Christian Strache, sera pourtant loin de jouer les figurants. Bien au contraire. Il sera sans doute, dimanche, un faiseur de roi. Position qu’il entend monnayer au prix fort auprès de celui qui ceindra la couronne.

Celui qui fait figure de grand favori pour dimanche est un petit prodige de la politique autrichienne: Sebastian Kurz, âgé de seulement 31 ans. Depuis qu’il a pris en main la campagne du Parti populaire (ÖVP, conservateur), la droite a relevé la tête. Elle a réussi à faire oublier qu’elle gouverne avec les sociaux-démocrates du SPÖ depuis 10 ans au sein d’une grande coalition centriste. Il a pour cela dû dépoussiérer l’image du parti: finie la traditionnelle couleur noire, place au turquoise. Fini même le mot «parti», place au «mouvement».

S’il est jeune, Sebastian Kurz n’est pas un novice en politique. Il a reçu son premier portefeuille gouvernemental à 24 ans, celui de secrétaire d’État à l’Intégration, avant de devenir, à 27 ans, ministre des Affaires étrangères. Poste qu’il occupe toujours aujourd’hui. En tant que chancelier, il deviendrait le plus jeune chef de gouvernement du monde.

Malgré un programme assez flou, Kurz a trouvé sa méthode miracle: être ferme sur les questions identitaires. Si, en tant que ministre, il avait obtenu la fermeture de la route des Balkans pour les réfugiés, il réclame, cette fois en tant que candidat, que les aides qui leur sont destinées soient réduites à 560 euros, soit la moitié du seuil de pauvreté en Autriche. Il propose également de fermer les jardins d’enfant musulmans. «Nous devons protéger notre système social […] sur le long terme, affirme-t-il. Pour y parvenir, nous devons le préserver d’une montée de l’immigration.» Une immigration qui, selon lui, «est en train de changer le pays de manière plus négative que positive».

Des outsiders

Une position à droite toute qui ne ravit pas le FPÖ. L’extrême droite se sent même flouée, à tel point qu’elle a accusé l’ÖVP de «plagier» son programme. S’adaptant parfaitement au ton de cette campagne, le Parti de la liberté est revenu à ses fondamentaux, affirmant que «l’islam n’a pas sa place en Autriche» ou réclamant la mise en place d’un ministère «pour la Protection de la patrie et la Culture dominante». Sur le plan extérieur, le FPÖ plaide pour un rapprochement de l’Autriche avec le groupe de Visegrad. Les pays qui le composent (Pologne, Hongrie, République tchèque, Slovaquie) ont pour particularité d’être réfractaire à la Commission européenne, en particulier sur les questions migratoires.

Le FPÖ ne s’attend pas à une victoire. Concurrencé sur son propre terrain, rattrapé par ses vieux démons, (il a dû exclure l’un de ses représentants au Tyrol, un pharmacien qui collectionnait les reliques nazies dans son arrière-boutique), il est au coude à coude dans les sondages avec les sociaux-démocrates du SPÖ.

Ces derniers, englués dans un scandale, peinent à relever la tête. Un proche conseiller du chancelier est accusé d’avoir monté des sites Internet destinés à dénigrer Sebastian Kurz et propageant des commentaires xénophobes et antisémites.

Une alliance nécessaire

Quel que soit le résultat du vote des 6 millions d’électeurs, une chose est certaine: il faudra composer pour gouverner. L’alliance la plus évidente, compte tenu des programmes, semble pouvoir se nouer entre la droite et l’extrême droite. Un tel mariage ne serait pas une nouveauté: en 2000, Wolfgang Schüssel prenait la tête d’un gouvernement d’alliance entre l’ÖVP et le FPÖ, brisant un tabou et entraînant des sanctions diplomatiques de la part des 14 autres États de l’Union européenne. Un tel boycott qui ne sera sans doute pas reconduit cette année, compte tenu de la poussée des partis d’extrême droite dans l’ensemble de l’Europe.

Conditions

Mais, chose qui peut sembler plus étrange, une alliance entre gauche et extrême droite n’est pas à exclure totalement. Historiquement, le mariage a déjà eu lieu, entre 1983 et 1986, sous le chancelier Fred Sinowatz. Localement, SPÖ et FPÖ sont actuellement alliés dans plusieurs localités et régions. Pendant cette campagne, les sociaux-démocrates se sont eux-mêmes lancés pleinement sur le thème de l’immigration.

Heinz-Christian Strache entend bien monnayer son soutien. Le futur gouvernement devra reprendre sa proposition d’organiser des référendums basés sur le modèle des votations suisses. Mais le FPÖ entend surtout se tailler une place de choix au sein du gouvernement. «Le ministère de l’Intérieur est une condition, affirme le patron du parti, celui des Affaires étrangères est une demande catégorique.»

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