Alors que la Catalogne tente d’accéder à l’indépendance vis-à-vis de l’Espagne dans une certaine confusion, l’épisode est suivi de près, ailleurs en Europe, par quelques régions qui pourraient elles aussi prendre leurs distances avec leur État central à moyen terme.

« Ce que m’inspire la question catalane, c’est le fait de l’impossibilité de pouvoir divorcer lorsqu’une région – ce que l’on appelle une généralité en Espagne – veut se séparer d’un État ». D’emblée, Franck Buleux, auteur en mai dernier de L’Europe des Peuples face à l’Union européenne (aux éditions l’Æncre), fixe le débat : rien n’est simple lorsqu’il s’agit d’indépendance, a fortiori quand la question se pose dans un pays membre de l’Union européenne. Si le concept de l’indépendance est complexe au sein de l’UE, il n’en demeure pas moins légitime et en aucun cas « choquant » pour cet historien qui veut se placer dans la ligne d’Ernest Renan, ce philosophe français du XIXe siècle pour qui « une nation est constituée d’un passé et d’un avenir », « c’est-à-dire de racines et d’une volonté de continuer ensemble », précise Franck Buleux.

« On va me répondre qu’il y a le principe de l’intangibilité des frontières , poursuit-il. C’est un principe de droit international mais je me rends compte que ce principe a été largement battu en brèche lors de la décolonisation, puis lors de la fin de l’URSS et enfin lors de l’éclatement des républiques yougoslaves et tchèques ». « Et je me rends compte aussi, s’étonne-t-il, qu’en dehors des processus de décolonisation ou de démantèlement d’un empire ou d’un bloc, ce principe n’est plus tolérable, ou n’est plus toléré ». Pendant que la Catalogne poursuit sa partie d’échecs avec Madrid, deux autres régions du nord de l’Europe observent la situation avec un intérêt soutenu : l’Ecosse et la Flandre, deux cas bien différents certes, mais deux entités qui pourraient, elles aussi, à très court terme, vouloir aspirer à leur émancipation.

L’Écosse s’interroge

Parmi les grandes régions européennes à afficher des désirs d’indépendance, l’Écosse offre la particularité d’être dotée d’un Parlement et même d’un Premier ministre depuis qu’elle a acquis le statut de région semi-autonome en 1999. À l’initiative du Premier ministre d’alors Alex Salmond, et avec l’accord du gouvernement britannique de David Cameron, un référendum consultatifayant pour question « L’Écosse devrait-elle être un pays indépendant ? » fut soumis en septembre 2014 à la population. Elle le rejeta à 55,3 %. « L’échec du référendum de 2014 a quand même permis de montrer que les aspirations indépendantistes des Ecossais n’étaient pas négligeables », argumente Franck Buleux qui souligne que malgré cet échec, le SNP (Scottish National Party) demeure de loin le premier parti écossais avec 63 des 129 sièges dans le Parlement actuel et qu’il est aussi celui de la Première ministre en poste, Nicola Sturgeon.

Fermement opposée au Brexit, celle-ci a pour l’instant repoussé l’idée d’un deuxième référendum sur l’indépendance, alors qu’on avait un moment annoncé cette consultation pour l’automne 2018. Tout dépendra en fait de la tournure que prendront les négociations sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. « Pour le moment, c’est l’incertitude qui prédomine », admettait Nicola Sturgeon elle-même dans un entretien au Daily Telegraph le 20 septembre dernier. Si un « oui » à l’indépendance l’emportait lors d’un référendum à l’horizon 2019 – 2020, les séparatistes auraient-ils le soutien de l’Union européenne ? Dans ce cas précis, on est en droit le penser. Contrairement à l’Espagne, qui ferait certainement barrage à une Catalogne indépendante frappant à la porte de l’UE, un Royaume-Uni sorti de l’Union ne pourrait pas opposer son véto à l’entrée d’une Écosse indépendante dans les Vingt-Sept.

(à suivre)

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