Les négociations en vue des futures alliances, dont l’extrême droite sera l’arbitre, pourraient durer.

Il n’est pas élu directement au suffrage universel, mais c’est tout comme. À l’issue des législatives de dimanche, le futur chancelier autrichien pourrait être un jeune homme de 31 ans dont la candidature a ramené les conservateurs au pouvoir, avec 31,7 % des suffrages, après dix années passées en tant que partenaire de coalition avec les sociaux-démocrates. D’après un sondage, 42 % des électeurs de son parti ont voté pour l’ÖVP parce que Sebastian Kurz était tête de liste. Pour les deux autres partis arrivés en deuxième et troisième place, les résultats tombent respectivement à 20 % pour le chancelier sortant, Christian Kern (SPÖ, social-démocrate), et à 5 % pour Heinz-Christian Strache (FPÖ, extrême droite).

Les promesses de renouveau ont donc eu les résultats escomptés. «Je veux lutter de toutes mes forces pour apporter des changements dans ce pays», a déclaré Sebastian Kurz, ajoutant qu’il voulait apporter «un nouveau style et une nouvelle culture». Le président de la République, l’écologiste Alexander Van der Bellen, a souligné que la victoire de ce dernier était incontestable. Reste désormais à savoir à qui le parti conservateur va choisir de s’allier pour former le futur gouvernement.

Les sociaux-démocrates ont réussi à éviter la débâcle prévue par les sondages et arrivent en deuxième position avec 27 % des voix. L’extrême droite, dont la montée en puissance a été affaiblie par la campagne très à droite de Sebastian Kurz, arrive en troisième position avec 26 % des voix. Les chiffres définitifs ne seront connus que lundi soir, après le décompte des 890 000 bulletins de vote envoyés par correspondance, ceux-là mêmes qui avait entretenu le suspense lors de l’élection présidentielle et avaient donné la victoire à Alexander Van der Bellen face au candidat de l’extrême droite Norbert Hofer.

Afin d’avoir un gouvernement majoritaire, les conservateurs pourraient s’allier de nouveau aux sociaux-démocrates (SPÖ). Mais cette coalition traditionnelle a été à plusieurs reprises dénoncée par Sebastian Kurz et ébranlée pendant la campagne par une opération de dénigrement montée par le SPÖ. Une entente entre ÖVP et extrême droite est loin d’être exclue, mais pourrait raviver les réactions tumultueuses qu’avait provoquées une coalition identique en 2000. Enfin, le SPÖ et le FPÖ pourraient à eux deux rassembler suffisamment de sièges pour former une majorité au Parlement, mais la perspective d’une telle alliance pourrait provoquer de forts clivages au sein du parti social-démocrate. «Toutes les constellations sont aujourd’hui possibles, commente Patrick Moreau, chercheur au CNRS sur les pays de langue allemande. Des négociations très dures sont à attendre.» En 1999, il avait fallu attendre 180 jours après les élections afin de connaître le nouveau gouvernement, qui avait inclus l’extrême droite.

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