L’Union européenne va mal.

L’Union Européenne est en crise, et cette crise s’est approfondie depuis les élections générales qui ont eu lieu en Autriche, et dont l’effet se combine avec la crise entre l’Espagne et la Catalogne, la probabilité d’un Brexit « dur », ou encore les référendums sur l’autonomie de deux régions italiennes. C’est dans ce contexte que Jean-Luc Mélenchon a fait, le 23 octobre, une déclaration pour le moins étonnante, mais aussi significative, sur la question de l’UE. Il a, dans le cadre d’un débat sur la politique agricole, remis en cause le versement par la France de sommes « nettes » à l’Union Européenne. Cela mérite que l’on s’y arrête.

La contribution de tous les pays de l’UE au budget de l’UE est connue. Elle est égale à un peu plus de 1% du PIB. La contribution nette d’un pays se calcule comme la différence entre sa contribution brute et les subventions qu’il reçoit de l’UE. De fait, la France verse PLUS à l’Union européenne qu’elle ne reçoit et ce depuis le début. La seule année ou versements et subventions ont été équilibrées a été 1999.

Si l’on fait le calcul depuis le début des années 2000 et donc depuis l’élargissement de l’Union européenne, on observe que les versements de la France à l’Union européenne n’ont cessé d’augmenter tandis que les retours de l’UE vers la France, ce que l’on a appelé les subventions, sont restés globalement stables. De ce fait, le solde net de la contribution française a largement augmenté pour atteindre environ 8 milliards d’euros depuis 2009. Ainsi, en tenant compte de l’inflation, autrement dit en calculant à « monnaie constante » on s’aperçoit que, au cours des 25 dernières années, les transferts nets de la France à l’Union européenne ont représenté environ 100 milliards d’euros. Cela plaçait la France en troisième position des contributeurs nets au budget européens, derrière l’Allemagne et l’a Grande Bretagne. Avec la sortie de cette dernière de l’UE, la France deviendra le deuxième contributeur net.

Le problème que pose la déclaration de Jean-Luc Mélenchon est donc le suivant. On sait que l’ancien candidat à l’élection présidentielle de la France Insoumise défendait jusqu’à présent l’idée d’une « autre Europe ». Quoi que l’on puisse penser de la réalité d’un tel projet, ce dernier à sa cohérence. Une « autre Europe », qui ne serait pas assujettie aux règles austéritaires des traités européen serait nécessairement une Europe fédérale, avec par conséquent une contribution de la France au budget de l’UE en réalité bien plus importante, mais une contribution nette probablement négative. En fait, divers auteurs, dont Patrick Artus et moi-même, ont essayé de calculer ce qu’impliqueraient une « autre Europe » et en particulier un système de contribution qui pourrait permettre à l’Euro de fonctionner pour TOUS les pays et non pas seulement au bénéfice exclusif de l’Allemagne. Les montants de contribution que cela exigerait de la part de l’Allemagne sont cependant énormes, allant de 8% à 12% du PIB de ce pays, soit de 200 à 300 milliards d’euros de transferts. L’impossibilité de réunir de telles sommes condamne en réalité l’idée d’une « autre Europe », au-delà des règles institutionnelles aujourd’hui en vigueur.

Est-ce pour cette raison que Jean-Luc Mélenchon s’est décidé à emprunter pour la forme, mais dans un fond absolument différent, la rhétorique de Mme Thatcher: « I want my money back »?

Car, cette déclaration souligne un problème de cohérence chez Jean-Luc Mélenchon. On ne peut à la fois dire que l’on veut une autre Union européenne et se battre pour que la contribution de la France soit en équilibre avec les subventions.

Alors, on peut penser, et de ce point de vue sa déclaration du 23 octobre est cohérente avec son attaque contre la présence du drapeau européen dans l’hémicycle du Parlement, qu’il a pris conscience que l’UE dans sa forme actuelle est non réformable, qu’il faudra en passer par une crise grave des institutions pour que des ruines d’une défunte UE puisse surgir cette fameuse « autre Europe » mais qui ne sera plus l’UE. On peut penser qu’il a pris conscience de la montée des facteurs de crises au sein de l’UE, du blocage complet dans laquelle cette dernière se trouve, et que l’on voit en particulier sur la question des « travailleurs détachés », ou l’accord signée dans la nuit du 23 au 24 octobre s’avère être une immense tartufferie.

Mais, si telle est bien la position de Jean-Luc Mélenchon, il doit impérativement la préciser rapidement. Car, la meilleure manière de casser cette UE qui ne fonctionne pas, qui n’a d’ailleurs jamais réellement fonctionnée, c’est de présenter un projet alternatif. Un projet que unissent des nations souveraines et qui ne mettent pas ces nations sous la tutelle de Bruxelles et de Berlin. Le problème est ici politique et non juridique. Il faut encore réaffirmer, à rebours des dispositions de ces 20 dernières années, la supériorité du droit français sur le droit européen, ce qu’a fait l’Allemagne en particulier. Il doit avancer sur la question de l’Euro, car on ne peut vouloir construire une « autre Europe » sur les ruines d’une défunte UE et préserver l’Euro. Et de ce point de vue, il est clair que la revendication voulant ramener l’Euro à parité avec le Dollar, idée que Jean-Luc Mélenchon a défendue, ne règlerait rien. Il suffit de regarder les déséquilibres entre le taux de change réel de l’Allemagne et de la France, déséquilibres qui ont été calculés par la FMI, pour s’en rendre compte.

Faute de quoi, sa position actuelle apparaîtra comme incohérente, contradictoire avec d’autres éléments de son discours. Et cette incohérence lui retirera sa crédibilité pour rassembler autour de lui toutes celles et tous ceux qui pensent qu’il faut liquider l’UE pour pouvoir sauver la France et sauver l’Europe, une Europe qui aujourd’hui moins que jamais ne s’identifie ni dans les frontières ni dans l’idéologie de l’UE.

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