Même si tous les pays de la région affichent leur solidarité avec la position européenne, la proclamation d’indépendance de la Catalogne ravive beaucoup de souvenirs et provoque des réactions contrastées à travers tous les Balkans.

La Serbie est le pays qui affiche le plus fortement son soutien à l’Espagne, mais pas sans rappeler le précédent du Kosovo. Belgrade affirme son soutien résolu à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de l’Etat espagnol, tout en invoquant le respect du droit international. Ivica Dacic, le ministre serbe des Affaires étrangères, n’a pas manqué de rappeler que l’Espagne faisait partie des rares pays de l’Union européenne à ne pas avoir reconnu l’indépendance unilatéralement déclarée par le Kosovo en 2008.

Les représentants officiels de Belgrade considèrent que cette indépendance représente un dangereux précédent, dont les Catalans se sont inspirés et dénoncent les ambivalences de l’Union européenne, qui rejette l’indépendance proclamée par Barcelone tout en ayant majoritairement soutenu celle du Kosovo.

A Pristina, justement, on est un peu gêné, et la classe politique comme les médias rejettent toute comparaison, en rappelant que le Kosovo, au contraire de la Catalogne, a connu la répression du régime de Milosevic et la guerre, et constituait donc un « cas exceptionnel ». Le gouvernement du Kosovo, qui n’est pas reconnu par Madrid, reste néanmoins discret dans son soutien à l’intégrité territoriale de l’Espagne.

Une situation plus complexe pour les Serbes de Bosnie

Milorad Dodik, le président de la Republika Srpska, l’entité serbe de cette Bosnie-Herzégovine toujours divisée, ne veut pas s’opposer à la ligne de Belgrade, dénonçant lui aussi le précédent du Kosovo. Mais Dodik revendique lui aussi, le droit à la sécession de l’entité qu’il dirige.

Dimanche, au cours d’une conférence de presse, il a pilonné ce qu’il qualifie de « double standard » de l’Union européenne. Dans les grandes lignes, il expliqua que dans un premier cas, le Kosovo, les Européens avaient reconnu une indépendance illégale, qu’ils s’y opposaient dans un second cas, celui de la Catalogne, et qu’ils continueraient aussi, très probablement à s’opposer à celle de la Republika Srpska.

L’exemple de la Catalogne éveille aussi quelques vocations chez les Croates de Bosnie, qui voudraient se voir reconnaître un statut de « troisième entité », à l’instar de la Republika Srpska. Les Croates les plus radicaux n’ont d’ailleurs pas renoncé à l’idée d’une sécession de la Bosnie et d’un rattachement à la Croatie. Ces dernières semaines, des panneaux de soutien à la Catalogne dans la partie croate de la ville de Mostar, avec ce message : « Tenez bon, nous sommes les suivants ! »

La Slovénie divisée

Les Catalans revendiquaient ces dernières semaines un « modèle slovène » de 1991. C’est-à-dire une proclamation d’indépendance aussitôt « suspendue » pour permettre l’ouverture de négociations. L’intransigeance de Madrid a invalidé ce scénario, mais les Slovènes ne rejettent pas le parallèle. Le gouvernement de Ljubljana reste officiellement aligné sur la position européenne et appelle à une solution « sans violence ». Toutefois, l’opposition de droite comme les sociaux-démocrates, partenaires de coalition du Premier ministre centriste Miro Cerar, ont appelé dès vendredi à la reconnaissance de la République de Catalogne.

L’eurodéputée Tanja Fajon, vice-présidente du groupe socialiste au Parlement européen, est très en pointe dans le soutien à Barcelone. Quelle que soit la suite des événements en Catalogne, ils n’auront pas manqué de réveiller, à travers tous les Balkans, de vieux fantômes et de vieilles divisions.

Lien

Etiquette: ;