(le début)

Et puis tout bascule un matin de septembre 2015. Une femme en niqab se plaint de douleurs au ventre.

Il comprend immédiatement. C’est une djihadiste enceinte qui réclame sa pilule abortive. Une habitude chez les membres de Daech, qui interdisent la contraception et abusent de l’usage de l’avortement médicamenteux, avec leurs épouses comme avec leurs esclaves yézidies. Il refuse. Pour se venger, la femme porte plainte pour agression. Cette fois, il est conduit au stade. Dans le gymnase et les vestiaires au sous-sol, les djihadistes ont aménagé 22 geôles. Ismaël est enfermé dans la cellule numéro 7 avec un autre détenu. Surveillés en permanence par des caméras, ils n’ont pas le droit de se parler. Il précise : « Ils m’ont affamé, mais je ne manquais pas d’eau. J’étais autorisé à porter les vêtements que m’avait envoyés ma famille mais par-dessus je devais mettre la combinaison des condamnés à mort. »

Une façon de lui laisser imaginer le pire. Chaque jour, il est emmené dans la salle de torture, les yeux bandés. Il peut décrire les escaliers qu’il doit descendre à tâtons, pieds entravés, « l’équivalent de un ou deux étages ». Les prisonniers sont attachés à des appareils de musculation, certains suspendus à des chaînes au plafond. On le bat à coups d’« Ibrahim green », un lourd tuyau en plastique rigide. Il y a aussi les simulations de noyade à l’eau glacée, les décharges électriques et l’immobilisation, parfois jusqu’à cinq jours, dos courbé, poignets attachés aux chevilles par des fers que les bourreaux resserrent jusqu’à faire pénétrer le métal dans les chairs. Il finit par leur avouer ce qu’ils veulent. « J’aurais dit n’importe quoi pour que ça s’arrête. »

Ismaël ne peut pas voir les hommes qui le torturent. Quand ils entrent dans sa cellule, ils portent une cagoule. Jusqu’au jour où ils l’oublient, trop sûrs d’eux. C’est ainsi qu’il identifie deux de ses tortionnaires, des visages de sa vie d’avant, des voisins dont il n’aurait jamais deviné les instincts sadiques.

(à suivre)

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