Le stade de Raqqa … Les combattants de l’Etat islamique y réunissaient et torturaient les opposants. Cet endroit est surnommé par les habitans «stade noir». Des survivants en parlent.

 
Pour Ismaël, la porte de l’enfer a le visage de ses voisins. Daech avait fait d’eux des tortionnaires. Le pharmacien de Raqqa est un de ces résistants du quotidien qui ne peuvent se résoudre à obéir. Plusieurs fois, déjà, Ismaël a eu des ennuis avec la justice de Daech. La première, pour avoir examiné une femme qui se plaignait d’une infection à la joue : 70 coups de fouet. La deuxième, pour avoir refusé du tramadol à un combattant. Les djihadistes utilisent cet antalgique pour le sentiment de toute-puissance qu’il leur procure, et aussi parce qu’il augmente les performances sexuelles. Mais il refuse de gâcher ce précieux médicament qu’il accepte presque aussitôt de donner à un civil, ignorant que les deux hommes, le combattant et le civil, sont de mèche.
Quatre cents coups de fouet, administrés en trois fois : les 200 premiers en public dans la rue Saif Al-Dawla, l’une des artères principales de Raqqa, puis 100 coups devant l’hôpital public Watani, et les 100 derniers devant la maternité. Ismaël restera dix jours sans bouger. Il cache alors ce qui lui reste de tramadol pour le réserver à ceux qui en ont besoin. A l’émir tchétchène qui lui en demande, une arme pointée sur la tempe, il répond qu’il n’en a plus. Ce qui lui vaut une semaine de prison. A la fin, on lui fait signer une sorte de contrat : s’il refuse encore de délivrer l’opiacé, il sera décapité. Ismaël décide de ne plus se faire remarquer.(à suivre)

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