Emmanuel Macron va réduire de moitié le nombre des décorés civils de la Légion d’honneur. Le Président entend ainsi redonner «son sens» à la prestigieuse décoration.

Au-delà de la polémique sur les personnalités controversées dotées de leur précieuse rosette, certains craignent que les forces vives du pays n’y trouvent plus leur compte.

On a connu Emmanuel Macron plus libéral avec la distribution de la Légion d’honneur. Depuis qu’il est devenu Président de la République, Emmanuel Macron attache une grande importance aux symboles et il souhaite maintenant «redonner son sens» à la plus haute distinction de la République.

Emmanuel Macron

Un toilettage qui passe par une réduction drastique du nombre de décorés: à partir du 1er janvier prochain, les promotions la Légion d’honneur compteront 50 % de civils et 10 % de militaires en moins sur la période 2018-2020. Des chiffres qui permettront de rééquilibrer le nombre annuel de promus entre les deux catégories (les décorés civils étant jusque-là deux fois plus nombreux). Les lauréats étrangers ne sont pas épargnés: ils devraient être 25% de moins en 2018. Moins de récipiendaires, plus jeunes et qui «ressemblent à ce qu’est la France» pour reprendre les mots du porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner.

Jusqu’à présent, près de 3.000 personnes issues du monde civil, militaire, mais aussi des étrangers étaient décorées chaque année. Pour le sénateur, la diminution du nombre de décorés impacterait donc selon lui directement le nombre de ces «citoyens exemplaires dans leurs fonctions et dans leurs départements» qui, dans toute la France, œuvrent sans pour autant être connus du grand public.

«Regardez les promotions, il y a des tas de gens vous ne les connaissez pas! Bien sûr, on vous met les trois, quatre comédiens, journalistes connus ou hommes politiques qui ont eu la médaille, mais sinon on vous ne les connaissez pas. Mais ce sont des gens qui dans les territoires œuvrent pour la nation tout entière et ce serait à mon avis une grave erreur que —au nom d’une sorte de morale- on arrête de reconnaître ces formidables richesses qu’il y a dans les territoires.»

Suite aux nombreuses accusations de viols portées à l’encontre de Harvey Weinstein, samedi 14 octobre, Buzzfeed révélait que l’Élysée avait entériné auprès de la grande Chancellerie de la Légion d’honneur une procédure d’exclusion de l’Ordre pour actes «contraires à l’honneur».
Le producteur américain pourrait ainsi se voir dépossédé de sa décoration, obtenue des mains de Nicolas Sarkozy le 7 mars 2012. Ce n’est pas une première: avant lui, le cycliste américain Lance Armstrong (2014), le couturier britannique John Galliano (2012), suite à leurs condamnations respectives pour dopage et injures antisémites, avaient perdu leur précieuse breloque. Une démarche qu’approuve le Sénateur Gilbert Roger, lui-même décoré de la Légion d’honneur:

«Moi-même, j’ai écrit au Grand chancelier pour demander que cela soit envisagé.»

Retirer sa légion Harvey Weinstein, une information qui a immédiatement trouvé écho chez plusieurs journalistes français, qui demandent depuis que Bachar el-Assad soit également exclu de l’Ordre. Ce à quoi Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, interrogé sur le cas du président syrien, a répondu «la chancellerie peut entendre cette question.» Le président syrien, décoré en 2001 par le Président Jacques Chirac, est Grand-Croix de la Légion d’honneur, soit le plus haut rang avant celui de Grand-Maître, réservé au seul Président de la République française.

«Dire qu’on va empêcher tout cela parce qu’on ne veut pas continuer à honorer, et fort heureusement, des bourreaux comme Bachar el Assad, il ne faut pas mélanger avec le chirurgien, le médecin ou la personne qui est investie dans un quartier difficile et qui rend des services extrêmement importants à la nation.»

Pour le Sénateur, la Légion d’honneur devrait être retirée à Bachar el Assad. Il attire cependant notre attention sur le rôle que jouent ces décorations entre pays dans le bal des relations internationales. Pour lui, il est normal que des chefs d’État soient décorés de titres honorifiques, des titres qu’ils ne peuvent se permettre de refuser —à fins diplomatiques-, mais ces titres devraient pouvoir être retirés à l’appréciation de ces mêmes pays suivant les actions des personnes qu’ils ont décorées.

«Monsieur Macron, le jour où il va se retrouver dans un pays qui va lui remettre des insignes, il va dire «je ne les prends pas, parce qu’en France je ne vais pas vous en donner»? Non! Par contre, quelqu’un qui faute, oui, il faut sanctionner, il faut retirer cette distinction honorifique.»

Mais la décoration de Bachar el Assad n’est pas la seule à fâcher les journalistes: celle de l’ex-prince héritier d’Arabie Saoudite, Mohammed ben Nayef Al Saoud, fait Grand officier- dans la plus grande discrétion — par François Hollande le 4 mars 2016 fait aussi débat, de même que celle reçue en avril 2010 des mains de Nicolas Sarkozy par le Président gabonais, Ali Bongo. Mais les chefs et hommes d’État en exercice ne sont pas les seuls ciblés par la vindicte des journalistes, dans leur ligne de mire, Nicolae Ceausescu et Benito Mussolini, respectivement morts en 1989 et 1945…

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