Sensible, «affectueuse mais pas cajolante»: les deux petits-enfants de Marie Curie évoquent pour l’AFP leur grand-mère, à l’occasion du 150è anniversaire de sa naissance et la parution de deux livres auxquels ils ont participé.

— Hélène Langevin-Joliot, 90 ans, physicienne, est directrice de recherche émérite au CNRS. Fille d’Irène Curie et de Frédéric Joliot, elle est la veuve du physicien Michel Langevin, petit-fils de Paul Langevin.

Elle signe l’introduction du livre «Marie Curie, Une femme dans son siècle» (Editions Gründ).

Hélène Langevin-Joliot avait sept ans lorsque sa grand-mère qu’elle continue à appeler «» est décédée.

«J’ai eu une grand-mère qui n’était probablement pas très différente des autres grand-mères, vue d’un enfant. C’est précieux. Elle ne se promenait pas avec un ‘Je suis Marie Curie’ sur le front«, raconte-t-elle.

 «Elle était très affectueuse mais pas cajolante. On ne s’embrassait pas beaucoup dans la famille. Marie avait certainement pris cette tradition de sa propre famille. Sa mère était décédée de tuberculose alors qu’elle avait dix ans. Il y avait un minimum de précautions à respecter. Il en est resté quelque chose«.

Hélène Langevin-Joliot se souvient que sa grand-mère quittait parfois son laboratoire de l’Institut du Radium pour la retrouver au Jardin du Luxembourg, tout proche.

«Dans les petits films de famille, on voit que l’attention est portée à l’enfant beaucoup plus qu’à la grand-mère, comme partout. C’est important que ce soit aussi comme partout«, dit la physicienne, dont la famille cumule cinq prix Nobel sur deux générations.

— Pierre Joliot, 85 ans, chercheur en biologie, est spécialiste de la photosynthèse. Membre de l’Académie des Sciences, il travaille encore — bénévolement désormais — à l’Institut de Biologie physicochimique, rue Pierre et Marie Curie.

Il signe un petit livre-entretien destiné aux enfants, intitulé «La recherche scientifique? Une passion, un plaisir, un jeu» (Flammarion Jeunesse).

Frère d’Hélène, il n’avait que deux ans lorsque Marie Curie est morte mais il est tout entier empreint des valeurs de ses grands-parents maternels.

«Mes conceptions sur la recherche sont très inspirées de celles de mes grands-parents et de mes parents. La science est avant tout un plaisir. La recherche est un métier créatif«.

«Ma mère était toujours très énervée lorsqu’on présentait Marie Curie comme quelqu’un qui s’était sacrifié pour la science. Si elle faisait de la science et si Pierre Curie faisait de la science, c’est parce que c’était leur joie et leur plaisir. Alors qu’on a presque tendance à en faire des victimes qui se sont sacrifiées pour un grande cause«.

«Les relations de ma mère et de ma grand-mère étaient fusionnelles. On est loin de la vision de femmes qui se sacrifient. Même si Marie Curie a mené une vie difficile, avec la mort de Pierre Curie puis l’affaire Langevin«.

«Elle était dotée à la fois d’une volonté extrême et d’une grande sensibilité«.

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