(le début)
Depuis son élection, Trump n’a qu’une obsession : faire oublier son prédécesseur, incarner la rupture.

Pour son investiture, le 20 janvier, il aurait très sérieusement songé à faire défiler les chars de l’US Army, façon Corée du Nord, avant de renoncer quand on lui a expliqué que le bitume de la Pennsylvania Avenue n’y résisterait pas… On voit la logique : en as du marketing, Trump voulait impressionner le reste du monde en déployant son arsenal militaire high-tech… Quand l’idée fut éventée, tout Washington s’est esclaffé.

Les premiers mois sont difficiles pour lui. Melania est retenue à New York jusqu’à la fin de l’année scolaire de leur fils, Barron. Alors, il organise sa vie de célibataire en invitant ses supporteurs à dîner. En avril, il reçoit le rockeur activiste ultraconservateur Ted Nugent aux côtés d’un autre chanteur, Kid Rock, et de Sarah Palin, l’ex-candidate à la vice-présidence, chargée de sélectionner et d’inviter les copains. Au menu : salade de homard, côtelettes d’agneau, gâteau à la meringue. Pas d’alcool, car Trump ne boit que du Coca light. Le tour du propriétaire est commenté par le maître des lieux. « Il connaissait tout sur les tableaux, tapis, lits et fenêtres blindées », confiera Ted Nugent, impressionné.

Mais, très vite, on s’interroge : que fait donc le président ? Car son emploi du temps officiel est étrangement léger. Exemple : le lundi 9 octobre, on apprend que le planning de la journée est… vide. Du jamais-vu sous Obama, dont l’agenda était millimétré et très détaillé, alors que celui de Trump est « totalement déstructuré, sans aucune logique », critique aujourd’hui Tommy Vietor, ex-conseiller de l’ancien président. L’inquiétude grandit : s’agit-il du « calme avant la tempête » que Trump évoquait trois jours plus tôt sans qu’on ait compris, encore aujourd’hui, à quoi il faisait allusion ? S’apprête-t-il à déclencher la guerre contre la Corée du Nord ? Fausse alerte ! On respire… En vérité, le président a ordonné à ses troupes de lui ménager des « plages horaires libres ». Il a la hantise de se laisser broyer par la bureaucratie gouvernementale et les obligations qu’elle implique.
Trump regarde beaucoup la télévision mais déteste qu’on le dise : ça ne fait pas présidentiel. Il a placé un énorme écran plasma au-dessus de la cheminée de sa salle à manger personnelle, éclairée par un lustre installé sur ses propres deniers. Dans cette pièce, on le voit souvent prendre ses repas, entouré d’une pile de journaux. Mais la lecture n’est décidément pas son fort. Il a demandé aux rédacteurs du rapport de sécurité nationale, qu’il lit tous les matins, de faire plus court et… plus illustré.

Donald Trump, le président imprévisible, peut qualifier un jour la presse d’« ennemi du peuple » puis passer du temps avec les journalistes, juste parce qu’il est détendu. C’est arrivé le 12 juillet dans Air Force One, pendant son voyage express à Paris pour le défilé du 14 Juillet. Il a surgi sans cravate à l’arrière de l’avion, dans la cabine réservée aux correspondants accrédités, avec qui il a papoté pendant une heure. Autant dire une éternité dans un agenda présidentiel. Au menu, des considérations sur la Chine, « un pays vieux de huit mille ans qui estime probablement que la Maison-Blanche, bâtie en 1799, est un bâtiment super moderne », sur Vladimir Poutine, qui a nié devant lui avoir tenté d’influencer l’élection américaine, ou encore sur le mur avec le Mexique qu’il veut « transparent » et, pourquoi pas, « équipé de panneaux solaires »… Une collaboratrice, inquiète, a tenté d’écourter l’échange, en vain : le patron avait envie de parler. La conversation devait rester « off » mais, subitement, elle est devenue « on » sur un revirement du boss, qui s’est étonné le lendemain auprès d’un reporter que ses propos n’aient pas été repris.

« Souris plus, twitte moins », implorait début novembre Karl Rove, l’ex- spin doctor de George W. Bush, dans les colonnes du « Wall Street Journal ». Depuis que Trump est président, la Bourse a explosé de près de 30 % et l’économie affiche un taux de croissance de 3 %, à faire pâlir d’envie Emmanuel Macron. Mais Donald Trump paie son impulsivité au prix fort. Il tenait absolument à aller vite mais s’est cassé les dents sur le décret anti-immigration puis sur l’abrogation promise de l’Obamacare. En limogeant, en mai, James Comey, le patron du FBI, il a surtout commis la « plus grande erreur de l’histoire politique contemporaine », dixit… son ex-conseiller Steve Bannon, qu’il a souvent au téléphone. Sa décision, qui a pris de court ses plus proches collaborateurs, a provoqué cet épisode tragi-comique où l’on a vu son porte-parole Sean Spicer se cacher dans les fourrés de la Maison-Blanche pour éviter de répondre aux questions pressantes des journalistes. Trump l’a tenu pour responsable de cet énième cafouillage, alors que le pauvre n’y était vraiment pour rien. Surtout, le limogeage de Comey a engendré la nomination d’un procureur spécial, Robert Mueller, chargé de l’affaire russe. Ce dernier a commencé à mettre en examen plusieurs anciens proches du président et, peut-être bientôt, son ex-conseiller pour la sécurité nationale, Michael Flynn…

Cet été, Trump a tenté de reprendre les choses en main. Exit Sean Spicer, le porte-parole des fourrés, remplacé par Sarah Huckabee Sanders, fille d’un ancien gouverneur républicain de l’Arkansas et ex-candidat à l’investiture pour l’élection présidentielle. Quant à Reince Priebus, l’ancien « chief of staff », il a dû laisser la place au général John Kelly, chargé de mettre tout le monde au pas. Et c’est vrai, depuis que cet ancien marine est aux commandes, les fuites sont devenues rares, le bureau Ovale n’est plus le hall de gare qu’il était auparavant, les rivalités entre clans se font plus discrètes. Mais à la mine austère qu’il affichait le jour où Trump recevait pour Halloween, on sentait bien que, même pour ce haut gradé, faire régner la discipline à la Maison-Blanche reste une bataille quotidienne …

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