Les Chiliens votaient dimanche au 1er tour de la présidentielle pour désigner le successeur de la socialiste Michelle Bachelet, avec comme grand favori l’ex-chef d’Etat de droite Sebastian Piñera, ce qui devrait confirmer le basculement de l’Amérique latine dans le camp conservateur.

Quelque 14,3 millions de Chiliens étaient appelés à voter entre 08h00 et 18h00 heures locales (entre 11h00 GMT et 21h00 GMT) et à choisir parmi huit candidats, dont six de centre-gauche.

« Il est important que les gens viennent voter et exerce leur droit citoyen (pour exprimer ce qu’ils) veulent pour le Chili », a dit Michelle Bachelet après avoir voté à Santiago. La présidente s’est gardée d’émettre des pronostics sur la participation. Elle a indiqué toutefois s’attendre à un second tour pour le 17 décembre.

Le milliardaire Sebastian Piñera, 67 ans, parfois baptisé « le Berlusconi chilien », se détache nettement dans les sondages et semble bien parti pour décrocher un nouveau mandat après celui de 2010-2014. Il est crédité de 34,5% des intentions de vote au premier tour, selon un sondage du Centre des études publiques (CEP) publié fin octobre.

« Nous les Chiliens, allons prendre une décision qui va affecter nos vies pour des décennies », a-t-il déclaré après avoir glissé son bulletin dans l’urne.

« Je veux être le président de l’unité, de la classe moyenne, des enfants et des personnes âgées, des régions et du monde rural », a promis l’homme d’affaires en fin de campagne.

Derrière lui, le candidat socialiste Alejandro Guillier (15,4 % des intentions de vote) et celle de la coalition d’extrême gauche Frente Amplio Beatriz Sanchez (8,5 %) sont distancés, mais l’un des deux devrait se qualifier pour le second tour.

« L’histoire montrera que les bonnes décisions ont été prises », a lancé le sénateur Alejandro Guillier, 64 ans, qui s’inscrit dans les pas de Mme Bachelet, laquelle quitte la présidence avec 23% d’opinions favorables.

?Il faut du changement?, a déclaré à l’AFP Fernando Aravena, 76 ans, devant un bureau de vote, sans dire qui il soutenait.

Sebastian Piñera, qui a déjà occupé le palais présidentiel de La Moneda de 2010 à 2014, n’avait pas pu se représenter dans la foulée, la loi chilienne interdisant deux mandats consécutifs.

Fin d’un cycle

Son probable retour au pouvoir survient à un moment où une grande partie de l’Amérique du sud – l’Argentine avec Mauricio Macri, le Brésil avec Michel Temer, le Pérou avec Pedro Pablo Kuczynski – vient de basculer à droite, marquant la fin d’un cycle pour la gauche latino-américaine.

Mais le magnat des affaires ne va pas retrouver le même Chili que lors de son premier mandat: ces dernières années, cette société réputée très conservatrice a été bouleversée par une série de réformes sociétales progressistes, dont l’adoption du mariage homosexuel et la dépénalisation de l’avortement, auparavant strictement interdit.

Peut-être en raison de l’issue qui paraît courue d’avance, la campagne n’a pas passionné les foules dans le pays, l’un des plus riches d’Amérique latine grâce à ses matières premières (cuivre, lithium, pétrole…) mais en ralentissement économique en raison de la chute des cours.

Pour Catalina Gascon, étudiante de 19 ans, dans cette campagne « les thèmes les plus importants sont l’éducation et le système de retraites », deux héritages libéraux du régime du dictateur Augusto Pinochet (1973 – 1990) que le gouvernement de Mme Bachelet a cherché à réformer.

Une récente loi électorale a achevé de doucher l’enthousiasme des électeurs, en interdisant la publicité pour les candidats dans les rues et en limitant drastiquement les dépenses de campagne alors que, lors des précédentes élections, les affiches recouvraient jusqu’aux feux de signalisation.

Dans ce contexte, les experts prédisent que le scrutin de dimanche pourrait être marqué par une participation historiquement faible, autour de 40 %.

Parallèlement au scrutin présidentiel, les Chiliens doivent renouveler une grande partie du Parlement (155 députés et la moitié du Sénat), les sondages indiquant que la droite devrait y augmenter sa représentation sans toutefois remporter la majorité absolue.

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