Le ministre de l’Intérieur, Jan Jambon, ne souhaite pas pointer du doigt la responsabilité de l’un ou l’autre responsable politique ou policier à propos des émeutes qui ont eu lieu le 11 novembre à Bruxelles, a-t-il expliqué mercredi devant la Commission de l’Intérieur. Le ministre a été soumis à de nombreuses questions à la suite de la présentation du rapport de l’Inspection générale de la police sur ces événements. Sa conférence de presse organisée vendredi a suscité le mécontentement au sein de la zone de police Bruxelles-Ixelles dont certains dirigeants ont retiré le sentiment d’être mis en cause.

« Je n’ai accusé personne. J’ai cité explicitement les conclusions du rapport, pas pour montrer du doigt des personnes mais pour voir comment il faut résoudre le problème », a déclaré M. Jambon.

Parmi les problèmes, le ministre a cité le manque de connaissance par le commandement sur le terrain des effectifs disponibles. Le commandant sur le terrain a donné ce soir-là la priorité à la fin des émeutes, sans intervenir directement pour faire cesser les pillages parce qu’il manquait des effectifs, alors que ces effectifs étaient disponibles. Les zones avoisinantes avaient été mobilisées et la police fédérale avait envoyé 25 personnes de la réserve et 36 du Corps d’intervention.

S’il existe en effet un protocole entre les six zones bruxelloises pour organiser le commandement en cas d’incident de ce genre, il n’a pas bien fonctionné, estime le ministre qui a répété la nécessité de prévoir un plan pour faire face aux émeutes et catastrophes imprévues dans la capitale. M. Jambon a reconnu par ailleurs que la zone de police disposait d’une peloton toujours disponible, ce qui n’est pas le cas ailleurs.

Autre problème: le manque d’information. Le bourgmestre de Bruxelles, Philippe Close, avait attiré l’attention de son chef de corps en début d’après-midi sur le match Côte d’Ivoire-Maroc qui se jouait dans la soirée mais cette indication semble s’être perdue au cours d’une journée très chargée (incendie sur le site d’Electrabel à Drogenbos) et personne n’était au courant du risque d’incident.

Selon le rapport, « le quartier (Lemonnier-Anneessens) où se sont produits les incidents est un quartier ‘à problème’ où la politique de la ‘prise de température’ ne fonctionne pas et où la police n’a pas de contacts avec la population et ne peut donc obtenir que peu, voire pas d’informations ». Les réseaux sociaux constituent une autre source d’information. « La police (locale et/ou fédérale) devrait dès lors être à même, pour autant qu’un tel monitoring soit techniquement réalisable, d’effectuer un screening des médias sociaux et de l’internet », indique le rapport.

Or la zone Bruxelles-Ixelles ne dispose pas de tels moyens et il est difficile pour chaque zone de police d’effectuer un « screening ». Une unité a été créée au sein de la police fédérale, avec de 20 personnes, qui prend en charge cette mission. Des recrutements sont en cours, a indiqué M. Jambon.

Les esprits semblaient plus sereins mercredi qu’en fin de semaine et durant le week-end. L’opposition francophone a toutefois regretté la façon de communiquer du ministre.

Le sp.a et le CD&V se sont montrés en revanche virulents à l’égard des bourgmestres bruxellois.

« On ne peut pas guérir le malade si on refuse de voir la maladie », a lancé Franky Demon (CD&V), invoquant les sommes investies par le fédéral pour la sécurité à Bruxelles. Les deux partis ont plaidé avec force pour une fusion des six zones de police en Région bruxelloise.

Le ministre et son parti, la N-VA, se sont montrés beaucoup plus prudents. « Je ne suis pas favorable au fait de la décréter unilatéralement, depuis le fédéral, car ce serait une catastrophe. Il faut le faire ensemble », a-t-il dit.

M. Jambon rencontrera jeudi à 7h30 le bourgmestre de Bruxelles et le chef de corps de la police.