Le Premier ministre grec Alexis Tsipras, qui a bataillé pour maintenir son pays dans la zone euro contre la volonté de Berlin, a déclaré jeudi qu’il faudrait que l’Allemagne, en proie à une crise politique inédite, retrouve de la stabilité.

« Ce serait une bonne chose de retrouver de la stabilité en Allemagne et de poursuivre sur la voie de l’unité et de la solidarité en Europe », a déclaré à la presse M. Tsipras, présent à Paris pour recevoir le prix du courage politique décerné par la revue diplomatique française Politique internationale.

Au paroxysme de la crise grecque, à l’été 2015, le gouvernement allemand poussait la Grèce vers la sortie de la zone euro, mais ce pays avait finalement réussi à s’y maintenir, avec le soutien notamment de la France, au terme d’un interminable sommet à Bruxelles.

 « Nous avons pu résister au son des sirènes », a dit M. Tsipras au moment où il recevait son prix, filant la métaphore du héros de l’Odyssée, Ulysse, qui avait demandé à être attaché au mât de son navire pour résister à la tentation provoquée par le chant des sirènes qui cherchaient à le perdre.

« Nous avons pu résister aux tentatives de certains cercles radicaux de nous (faire) sortir de l’Union européenne et (nous faire) adopter une faillite désordonnée ou ordonnée (…) et éviter une aventure qui aurait pu avoir des conséquences catastrophiques pour la Grèce et pour l’Europe », a-t-il déclaré dans une allusion aux partisans d’une sortie d’Athènes de la monnaie unique, à Athènes ou ailleurs en Europe.

Angela Merkel ne parvient pas à constituer une coalition gouvernementale à l’issue des élections législatives et l’échec des négociations de coalition entre les conservateurs de la chancelière, les Libéraux et les Verts fait craindre qu’un sérieux coup de frein soit donné aux grandes réformes attendues dans l’UE.

M. Tsipras plaide pour une relance du projet européen. « Le point critique pour l’Europe, ce n’est pas seulement une nouvelle direction, mais une nouvelle vision. Le manque de vision est le problème de l’Europe », a déclaré M. Tsipras.

Dans un entretien au Figaro, M. Tsipras a par ailleurs souligné que si les investisseurs européens s’étaient éloignés de la Grèce pendant les années de crise, les Chinois avaient comblé le vide.

« En économie, en politique, la nature a horreur du vide. Au cours des années passées, l’Europe n’a été qu’une punition pour la Grèce, faite d’évaluation, punition, austérité. Pour d’autres, la Grèce était intéressante. Une opportunité. Pendant les années de crises, les Chinois ont saisi l’opportunité. Ils ont investi en Grèce. Et vous savez, ceux qui prennent des risques sont récompensés », a-t-il déclaré.

« Si les investisseurs européens ne réalisent pas cela, d’autres le feront », a-t-il prévenu, alors que les indicateurs macro-économiques grecs montrent une certaine amélioration du pays qui a traversé plusieurs années de récession, de chômage de masse, et qui continue de ployer sous le poids d’une dette très élevée.

« L’image de notre économie est aujourd’hui différente, c’est un pays qui retourne vers la croissance », a déclaré M. Tsipras lors de son discours en recevant son prix.

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