Le milliardaire russe Mikhaïl Prokhorov et 12 autres personnalités russes, dont le réalisateur Pavel Lounguine, ont publié lundi une lettre ouverte demandant que leur compatriote mis en examen pour blanchiment aggravé de fraude fiscale Souleïman Kerimov puisse regagner Moscou pour raisons de santé.

Le milliardaire et sénateur, originaire de la République du Daguestan, est interdit de quitter les Alpes-Maritimes depuis sa mise en examen le 23 novembre.

La cour d’appel d’Aix-en-Provence doit examiner son cas mardi après que le parquet de Nice eut fait appel de sa remise en liberté sous caution, ainsi que de celle de son régisseur Cédric Faugeroux.

M. Kerimov est soupçonné d’avoir acquis à grand renfort de valises de billets cinq villas au Cap d’Antibes, dont l’une a été revendue depuis, pour des montants sous-déclarés et sous un prête-nom, ce qu’il a nié durant sa garde à vue.

Les signataires de la lettre demandent que M. Kerimov « puisse bénéficier des soins médicaux nécessaires à sa survie » et « qu’il puisse rejoindre à Moscou sa femme, ses trois enfants et ses deux petits-enfants ».

« Nous nous portons garants qu’il coopérera de manière complète à l’enquête », ajoutent les signataires, tous récipiendaires de la Légion d’honneur en France.

Ils rappellent que la santé de M. Kerimov est compromise depuis son accident de Ferrari sur la Promenade des Anglais fin 2006. Après une greffe de peau et un triple pontage cardiaque, M. Kerimov continue de recevoir un traitement « complexe » nécessitant la présence « constante » de médecins, assurent-ils.

Jusqu’à présent, M. Kerimov s’est conformé aux obligations de son contrôle judiciaire, a indiqué pour sa part le procureur de la République de Nice Jean-Michel Prêtre.

« Vous savez pourquoi il est toujours là (et pas en fuite, ndlr) ? », a-t-il interrogé: « La réponse se trouve à Moscou! », a répondu lui-même le magistrat, sous-entendant que M. Kerimov avait pu perdre des soutiens haut placés en Russie.

Une « bonne douzaine de personnes » dont un notaire, une femme agent immobilier, un avocat fiscaliste, tous trois de la Côte d’Azur, mais aussi un financier et un entrepreneur suisses sont mis en examen dans cette enquête qui a démarré fin 2014 après une filature dans un banal trafic de drogue.

Les investigations se sont accélérées au début de l’été, avec l’obtention par les enquêteurs de « nombreux documents substantiels et cohérents qui démontrent des entrées clandestines d’argent en France considérables », a précisé le procureur lors de son point presse mensuel.

On a affaire à « un enjeu d’argent clandestin tournant autour de 500 à 750 millions d’euros », a-t-il dit, en précisant que les quatre villas étaient sous saisie dans ce dossier qui est remonté jusqu’au parquet national financier.

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