Le triomphe des nationalistes qui ont remporté dimanche un scrutin local, fait discuter la question de l’indépendance de cette île française, patrie de Napoléon.

Cependant les experts trouvent qu’elle n’est pas envisageable avant longtemps. Et quand même : la Corse va-t-elle prendre la route vers « la nouvelle Catalogne » ?

Les problème corses ont préoccupé depuis longtemps plusieurs cabinets ministériels de la France. A présent c’est le bureau du président Emmanuel Macron qui devra répondre au défi posé par la nouvelle donne politique sur l’île natale de Napoléon.

Dimanche, la liste « Pè a Corsica » (Pour la Corse) rassemblant autonomistes et indépendantistes, devrait concrétiser dans les urnes son « raz-de marée démocratique » enregistré au premier tour d’un scrutin local visant à fusionner les trois entités administratives préexistantes (deux départements et une région) en une « super région ».

Au pouvoir sur l’île depuis 2015, le camp nationaliste sera alors en position de force pour réclamer plus d’autonomie. Dès lundi, les « natios » ont rappelé leurs trois revendications que l’Etat français a toujours rejetées: coofficialité de la langue corse, reconnaissance du statut de résident et amnistie pour les « prisonniers politiques ».

Ces questions sont éminemment sensibles sur une île réputée pour sa beauté mais qui a été pendant des décennies le théâtre de violences avec plus de 4.500 attentats revendiqués par les militants encagoulés du Front de libération nationale de la Corse (FLNC) et l’assassinat, en 1998, du préfet Claude Erignac.

La décision du FLNC de déposer les armes en 2014 a ramené le calme et « normalisé le nationalisme comme force politique responsable et présentable », analyse le politologue Jérôme Fourquet dans une note pour la Fondation Jean Jaurès.

C’est au nom de cette « responsabilité » que les nationalistes assurent aujourd’hui que l’indépendance de l’île n’est pas sur la table.

Le leader autonomiste Gilles Simeoni assure que la question ne « se pose pas ». Son allié indépendantiste Jean-Guy Talamoni, que certains surnomment « le Puigdemont corse », évoque bien une possible séparation. Mais pas avant 10 ou 15 ans et seulement si les Corses le veulent.

Or les 330.000 habitants de cette île, qui vit beaucoup du tourisme saisonnier et dépend largement des subsides de l’Etat, y sont majoritairement défavorables. Même dans le village de Belgodère, en Haute-Corse, où les « natios » ont raflé 90,22 % des suffrages dimanche, les enjeux locaux priment sur un hypothétique cavalier seul régional.

« Je vote ni pour la couleur, ni pour l’autonomie ou l’indépendance, je vote pour des gens qui sont porteurs de projets, de concret », explique Jean-Paul Pernet, l’unique médecin du village.

Reste que le triomphe annoncé des nationalistes corses, en pleine crise catalane en Espagne, inquiète certains. Comme Alexis Corbière, député national de la France insoumise (gauche radicale) qui « ne souhaite pas que la Corse devienne la nouvelle Catalogne ».

Souvent brandie par les adversaires politiques des nationalistes, la comparaison avec la Catalogne relève pourtant « du fantasme », prévient André Fazi, maître de conférences à l’Université de Corse.

« Déjà d’un point de vue du droit constitutionnel, la situation est complètement différente. La France est l’état unitaire le plus centralisé d’Europe », abonde Thierry Dominici, spécialiste de la Corse à l’Université de Bordeaux. La Catalogne, elle, dispose déjà de pouvoirs élargis et d’instititions propres.

« Mais le principal frein est économique », ajoute M. Dominici. La Corse, qui compte beaucoup de séniors, pèse 0,4 % du PIB de la France lorsque la Catalogne, 7,5 millions d’habitants, représente 20 % de celui de l’Espagne. Les taux de chômage et de pauvreté en Corse sont supérieurs à la moyenne nationale.

« Une Corse économiquement viable, je ne pense pas que je la verrai de mon vivant », tranche M. Dominici.

Sur l’autonomie en revanche, l’attente est forte et la réponse du gouvernement Macron très attendue. « L’Etat a tout à gagner de répondre à au moins une des trois demandes. S’il ne fait rien, tous les insulaires seront dans la rue et les nationalistes n’auront même pas besoin de le demander », prévient Thierry Dominici.

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