Après la décision américaine de transférer son ambassade à Jérusalem, le leader du Hamas s’est prononcé pour le lancement d’une nouvelle «intifada».

Ce terme, signifiant «soulèvement» en arabe, est associé aux deux grandes révoltes palestiniennes de 1987 et 2000. Le spectre d’une troisième intifada ressurgit depuis régulièrement.

Les Palestiniens ont appelé, ce jeudi, à une grève générale et à des manifestations dans les territoires occupés pour protester contre la reconnaissance américaine de Jérusalem comme la capitale d’Israël, alors que le mouvement islamiste du Hamas allait plus loin encore en se prononçant pour une «nouvelle intifada», selon les mots de son chef, Ismaïl Haniyeh. «Intifada», un terme arabe qui signifie «soulèvement» et qui fait écho à deux moments historiques du conflit israélo-palestinien.

Alors que le risque d’une escalade est craint par de nombreux États à travers le monde, qui ont été nombreux à mettre en garde Washington contre le transfert de son ambassade, Le Figaro revient sur les deux «intifida» de 1987 et de 2000, mais aussi sur la crainte récurrente du lancement d’une troisième intifada.

De 1987 à 1993, la première intifada ou la «guerre des pierres»

La première intifada a lieu vingt ans après la Guerre des six jours de 1967 qui a vu Israël occuper Jérusalem-Est, la Cisjordanie et la Bande de Gaza. Sous l’impulsion de Yasser Arafat, dirigeant du Fatah, les organisations palestiniennes choisissent la lutte armée, procédant à de nombreux sabotages et à des attentats.

Pourtant, l’intifada de 1987, il y a tout juste trente ans, n’est pas lancée par les organisations palestiniennes, alors en exil. «C’est chez les Palestiniens de l’intérieur qu’un sursaut spontané a lieu dans les territoires occupés par Israël. Grèves et révoltes non armées caractérisent ces événements», écrit Olivier Carré, ancien directeur de recherche au Ceri à Sciences Po Paris, dans l’Encyclopédie Universalis. Yasser Arafat soutient alors le mouvement populaire. En 1998, il proclame l’État palestinien, tout en reconnaissant celui d’Israël, et renonce au terrorisme.

Yitzahak Rabin, Bill Clinton et Yasser Arafat à Oslo en 1993.

Fortement médiatisée, la «guerre des pierres», lancées contre les soldats israéliens, n’a pas débouché sur un conflit armé, même si des bouteilles incendiaires artisanales succèdent rapidement aux cailloux. Une «résistance passive» s’organise parallèlement, avec le boycott des produits israéliens, le refus de payer les taxes et les impôts et l’organisation de grèves générales. La riposte israélienne est néanmoins virulente: arrestations, expulsions, cas de torture, ripostes armées quotidiennes. «L’intifada se solde par 1.260 Palestiniens tués par l’armée israélienne ou des colons, 970 Palestiniens “collaborateurs” et 205 Israéliens tués par les Palestiniens», explique Olivier Carré. En 1993, la guerre des pierres s’achève avec la signature des Accords d’Oslo par le premier ministre israélien, Yitzahak Rabin, et Yasser Arafat, qui devient, en 1996, le président de la nouvelle Autorité palestinienne.

De 2000 à 2005, l’intifada Al-Aqsa, marquée par la violence

Dans les deux camps, les détracteurs des accords d’Oslo sont nombreux. Les négociations échouent en juillet 2000 à Camp David, aux États-Unis. Des sujets sensibles sont abordés, comme le tracé des frontières ou le statut d’Israël. Les dirigeants palestiniens revendiquent Jérusalem-Est comme la capitale de l’État auquel ils aspirent. Israël proclame tout Jérusalem, Ouest et Est, comme sa capitale «éternelle et indivisible».

C’est dans ce contexte qu’Ariel Sharon, alors membre de l’opposition israélienne et premier ministre de 2001 à 2006, se rend en septembre 2000 sur l’Esplanade des Mosquées à Jérusalem, où il revendique la souveraineté de ce lieu symbolique pour les Palestiniens, ce qui déclenche la seconde intifada. L’«intifada Al-Aqsa» – du nom de la mosquée qui se trouve sur l’Esplanade – va rapidement se militariser, contrairement à la première, avec des centaines d’attentats-suicides palestiniens, ciblant principalement des civils. L’armée israélienne répond notamment par des frappes aériennes.

«Plus qu’un mouvement de masse qui mobiliserait une large proportion de la population civile, [la deuxième intifada] renvoie à une succession d’affrontements, aussi violents que localisés, dans lesquels des secteurs limités de la société palestinienne sont impliqués. Il n’en bénéficie pas moins d’un fort soutien populaire qui va croissant», écrit Aude Signoles, maître de conférences à l’Institut d’études politique d’Aix-en-Provence, dans l’Encyclopédie Universalis. Le conflit, qui dure jusqu’en 2005, va causer la mort de plus de 3000 Palestiniens et 1000 Israéliens.

Les craintes récurrentes d’une troisième intifada

La crainte d’une troisième intifada réapparaît régulièrement. Défendant depuis 1993 la voie d’une solution diplomatique pour sortir du conflit israélo-palestinien, l’Autorité palestinienne, dominée par le Fatah, est politiquement affaiblie. En 2006, le parti islamiste du Hamas, qui a été créé en 1988 pendant la première intifada et qui considère les accords d’Oslo comme une trahison, remporte largement les élections législatives et prend de facto le pouvoir dans la Bande de Gaza, mais pas en Cisjordanie, où l’Autorité palestinienne conserve le sien. Lié aux Frères musulmans et considéré comme un mouvement terroriste dans de nombreux pays, le Hamas a renoncé l’année précédente aux attentats-suicides, mais privilégie le tir de roquettes et de missiles sur les villes israéliennes.

Son renforcement au détriment du Fatah va conduire à un durcissement de la politique israélienne. Un blocus est organisé contre la Bande de Gaza depuis 2007, ce qui mène à une aggravation de la situation économique et sociale. L’armée israélienne intervient plusieurs fois dans les territoires palestiniens. En 2008, après l’opération israélienne «Plomb durci», Khaled Mechaal, le chef du Hamas en exil, appelle, sur Al-Jazeera, à «une intifada». En 2015, commence ce qui est appelé «l’intifada des couteaux», mais qui, par son ampleur, ne peut être comparé à celles de 1987 et 2000. Des centaines d’attaques isolées à l’arme blanche ou des attentats à la voiture piégée ont depuis été commis par des Palestiniens, entraînant des ripostes de l’armée israélienne. Néanmoins, cette vague de violence ne s’est pas transformée en soulèvement général des territoires palestiniens, l’Autorité palestinienne condamnant officiellement les attentats.

L’appel du leader du Hamas de lancer une nouvelle intifada après la décision de Donald Trump de transférer à Jérusalem l’ambassade américaine entre dans cette longue série de crises plus ou moins aiguës, toutes marquées par le souvenir des deux intifadas de 1987 et 2000.

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