Entre les deux tours des territoriales corses, la question basque s’invite à Paris samedi.

C’est pourquoi une centaine de personnalités célèbre, dont Jean-Luc Mélenchon, José Bové, mais aussi Jean-Christophe Lagarde ont appelé à manifester ce samedi.

Une manifestation, musique en tête, est organisée, de Montparnasse aux Invalides, sur le thème des «prisonniers basques», six ans après l’adieu aux armes d’ETA. Au-delà du nombre de manifestants (les organisateurs attendent 10.000 personnes venues notamment du Pays basque), c’est le large éventail des personnalités politiques présentes qui attire d’abord l’attention.

Parmi les mouvements ayant signé l’appel à manifester, il y a des organisations d’extrême gauche ou autonomistes (Nouveau Parti Anticapitaliste, Union démocratique bretonne…).

Chez les élus locaux, la boucle est même bouclée, à l’exception du Front national. La manifestation réunira, outre le ban et l’arrière-ban des organisations autonomistes et indépendantistes, un sénateur Les Républicains, Max Brisson (ancien maire de Biarritz), une sénatrice socialiste, Frédérique Espagnac, un député Modem-LRM, Vincent Bru, et le maire UDI de Bayonne, Jean-René Etchegaray, par ailleurs président de la toute nouvelle Collectivité d’Agglomération Pays Basque (CAPB), née le 1er janvier 2017. Et leur engagement ne se limite pas à une manifestation. Max Brisson a fait le voyage de Bruxelles pour plaider la cause des prisonniers auprès du Parlement européen. Le 7 décembre, il a également rencontré, avec José Bové et Vincent Bru, les porte-parole du «collectif des prisonniers politiques basques».

Au Pays basque, le nationalisme est de gauche mais aussi de droite

Au Pays basque, une telle unanimité n’a rien d’étonnant. Il y a bien longtemps que la revendication d’un département basque a dépassé la fracture droite-gauche. Au fil du temps, les thèmes régionalistes et autonomistes ont également essaimé et battu en brèche le jacobinisme parisien. Avec des conséquences en terme politique et d’alliance électorale. De plus, au Pays basque, le nationalisme est de gauche mais aussi de droite avec le petit frère français du Parti nationaliste basque du «Pays Basque Sud» (espagnol).

Dans ce contexte, l’ampleur de la mobilisation de ce samedi 9 décembre doit être reliée avec un événement plus local mais «historique»: la création de la communauté d’agglomération du Pays basque, première entité territoriale spécifiquement basque. «Pour la première fois depuis la Révolution française, affirme Gabi Mouesca – ancien leader d’Iparretarrak qui a passé 17 ans en prison-, le fait basque est reconnu».

L’on se souvient que François Mitterrand avait fait figurer la création d’un département dans ses 110 propositions de 1981. Promesse vite oubliée dans un contexte de durcissement de l’affrontement avec ETA. Plus de trente ans plus tard, le particularisme a d’autant plus le vent en poupe que l’organisation terroriste, qui a tué 829 personnes, a rendu les armes. Le 8 avril, son arsenal a été livré aux autorités françaises via les «artisans de la paix» (militants basques, Ligue des Droits de l’Homme…). Si des armes et munitions «égarées» (certains etarras semblent par exemple avoir tout simplement oublié l’endroit exact de certaines caches…) devaient être découvertes dans les mois et les années à venir, un protocole prévoit même qu’elles soient dûment données au ministère de l’Intérieur.

61 personnes détenues en France

Vient à présent la revendication, traditionnelle, des «prisonniers politiques». Les manifestants de ce samedi demandent que les 61 personnes détenues en France dans des dossiers terroristes basques soient soumises à un régime «de droit commun». En clair, que les détenus soient transférés au centre pénitentiaire de Mont-de-Marsan (plus proche de leurs familles), qu’ils puissent bénéficier d’une suspension de peine pour raison médicale (un homme incarcéré à Lannemezan est atteint de sclérose en plaque), et enfin que les 9 détenus dont la situation juridique le permet bénéficient d’un aménagement de peine. Le 2 décembre, ETA a très opportunément précisé qu’elle ne donnait plus d’instructions au «collectif des prisonniers politiques», longtemps «outil» de l’organisation terroriste.

Du côté des autorités françaises, les militants basques saluent des «gestes de bonne volonté». Sept des 38 détenus particulièrement surveillés (DPS) basques auraient bénéficié d’une levée de cette mesure. Deux réunions ont par ailleurs eu lieu à la Chancellerie entre des élus basques, un représentant des «artisans de la paix» et un conseiller du garde des Sceaux. Le hasard du calendrier vient toutefois rappeler que le temps de la justice est loin d’être achevé dans le dossier basque. La manifestation intervient en plein procès en appel d’etarras accusés d‘avoir tué, le 16 mars 2010, un policier français, Jean-Serge Nérin, lors d’une fusillade à Dammarie-les-Lys (Seine-et-Marne).

En évoquant ce procès, Gabi Mouesca souligne: «Il faut que la justice passe, personne ne le conteste. Quand on aura facilité la libération, sous contrôle, de la majorité des prisonniers, on pourra ensuite songer à la justice transitionnelle pour ceux qui resteront.» Le responsable basque espère également que le processus en cours côté français, «sera un levier qui permettra que Madrid se mette autour de la table». Un espoir qui, pour l’heure, tient encore du vœu pieux.

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