Les États-Unis ne se contentent plus de s’attribuer la victoire sur Daech en Syrie, le Président Donald Trump affirme qu’ils ont gagné les deux Guerres mondiales! Aurait-il trouvé un moyen bon marché de «rendre à l’Amérique sa grandeur» oubliant la contribution d’autres nations au rétablissement de la paix sur la planète ?

David Kennedy

Washington a l’air de comprendre que sa prétendue victoire en Syrie n’est pas assez persuasive pour démontrer au monde entier que les États-Unis sont une grande puissance. Le Président américain Donald Trump a déclaré vendredi en Floride que les victoires dans les deux Guerres mondiales appartenaient aux États-Unis.

«Nous sommes la nation qui a creusé le canal de Panama, gagné deux Guerres mondiales, envoyé l’homme sur la Lune et mis le communisme sur les genoux», a indiqué M.Trump cité par la chaîne de télévision Fox Business, avant d’adresser des appels encourageants à ses partisans.

Le Président américain souhaitait probablement remonter le moral de ses compatriotes, ométtant les déroutes des États-Unis au Vietnam, en Irak, en Afghanistan, l’aide que les groupes financiers américains auraient accordé à Hitler avant son ascension au pouvoir en Allemagne et aux bolchéviks qui préparaient leur révolution en Russie au début du XXe siècle.Déclarant que les États-Unis ont remporté les deux Guerres mondiales, le dirigeant de ce pays a minimisé le rôle joué par d’autres pays dans ces deux conflits. Un petit brin d’histoire pour remettre les choses au clair.

Première Guerre mondiale

La Première Guerre mondiale a éclaté en 1914 pour durer jusqu’à la fin de 1918. Les États-Unis sont longtemps restés neutres malgré les liens privilégiés avec des pays de l’Entente, en particulier le Royaume-Uni.Ils ne sont entrés en guerre contre l’Allemagne qu’au printemps 1917, suite au naufrage du paquebot britannique Lusitania reliant les États-Unis à l’Angleterre et torpillé par un sous-marin allemand au large de l’Irlande.

Affirmant que les États-Unis ont gagné la guerre 1914-1918, M.Trump a probablement oublié le rôle des autres pays et notamment de la France, dont le territoire a été dévasté par quatre ans de combats ou de la Russie dont le corps expéditionnaire a combattu en France et à Salonique, sur le front d’Orient. La résistance des Français a permis de stopper l’offensive allemande et de lancer une contre-offensive lors de la seconde bataille de la Marne en 1918.

Les soldats américains envoyés en nombre en Europe ont certes contribué à la victoire. Mais la fin de la guerre est surtout devenue possible après la sortie de l’Empire russe qui allait s’effondrer en 1917 suite à deux révolutions – d’abord bourgeoise et puis bolchévique.

Les États-Unis et le communisme

La révolution d’octobre 1917, qui a porté au pouvoir les bolchéviks dirigés par Vladimir Lénine et Léon Trotski, et qui a influé sur le déroulement de la Première guerre mondiale, aurait été orchestrée d’outre-mer. Antony Cyril Sutton, économiste et historien britannique, a établi des liens entre capitalistes américains et les communistes russes. Il affirme notamment dans son ouvrage Wall Street et la Révolution bolchévique que le révolutionnaire Léon Trotski, dont l’objectif était de renverser le gouvernement russe, a voyagé avec un passeport officiel américain pour rejoindre Vladimir Lénine en Russie en 1917 et que les banques de Wall Street auraient participé à l’acheminement illégal d’or bolchevique vers les États-Unis.

Rappelons que pendant la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont aussi collaboré avec leurs «ennemis jurés» les communistes, en envoyant, aux côtés du Royaume-Uni, des convois d’aide à l’URSS par l’océan Arctique. Environ 1.400 cargos ont livré du matériel de guerre à l’Union soviétique selon les termes du programme Lend-Lease (Prêt-Bail).Les États-Unis, pensaient-ils ainsi mettre «le communisme sur les genoux» selon l’expression de Donald Trump? Ils voulaient plutôt aider les pays déjà engagés dans la guerre pour éviter d’intervenir directement dans le conflit.

Seconde Guerre mondiale

Les Etats-Unis n’ont abandonné leur neutralité qu’après l’attaque de l’aviation japonaise contre leur base de Pearl Harbor le 7 décembre 1941. A cette époque, l’Allemagne nazie avait déjà envahi la plus grande partie de l’Europe et une partie de l’URSS, alors que le Japon avait introduit ses troupes en Chine et en Malaisie.

Les principales opérations militaires des États-Unis se sont déroulées dans le Pacifique où ils ont largué deux bombes atomiques sur les villes japonaises de Hiroshima et Nagasaki.

Quant au théâtre européen, c’est l’URSS qui y a assumé le rôle d’adversaire principal du Troisième Reich.

Le futur Président américain Harry Truman a dit en 1941: «Si l’Allemagne gagne, nous devons aider la Russie. Et si la Russie gagne, nous devons aider l’Allemagne, afin qu’il en meure le maximum de chaque côté». L’industriel et homme politique Henry Ford partageait cette position: «Ni les Alliés, ni l’Axe ne devraient gagner la guerre. Les États-Unis devraient fournir aux deux camps les moyens de continuer à se battre jusqu’à ce que tous deux s’effondrent».

Selon l’ouvrage Wall Street et l’ascension de Hitler de M.Sutton, des banques de Wall Street et des grandes entreprises nord-américaines ont appuyé l’ascension de Hitler vers le pouvoir et ont financé l’Allemagne nazie et ses préparatifs de guerre.L’URSS, les États-Unis et le Royaume-Uni se sont entendus sur l’ouverture d’un second front dès 1942, mais il a fallu attendre 1943 pour voir le débarquement des Alliés en Sicile et 1944 pour le grand débarquement américano-britannique en Normandie. A l’époque, la plus grande partie de l’Europe était déjà libérée par les troupes soviétiques qui progressaient vers Berlin. D’ailleurs, les militaires américains ont participé au débarquement en Afrique du Nord en novembre 1942. Mais pourquoi les États-Unis ne sont-ils pas entrés en guerre en décembre 1941, au moment où ils l’ont fait dans le Pacifique? On a l’impression que les Américains ne pouvaient, à aucun prix, laisser l’Union soviétique libérer l’Europe seule.

Marc Rousset, auteur du livre La nouvelle Europe Paris-Berlin-Moscou, pousse cette idée plus loin: «Les Etats-Unis ont fait la guerre pour que l’Europe ne soit ni soviétique ni allemande et non pas pour défendre la liberté des Européens».

Selon Alexeï Pouchkov, journaliste et membre du Conseil de la Fédération (Chambre haute du parlement russe), Washington n’a pas joué le premier rôle pendant les deux guerres.

«En évaluant le rôle historique des États-Unis, M.Trump devrait se souvenir qu’ils ont joué un rôle auxiliaire dans la Première Guerre mondiale. Pendant la Seconde Guerre mondiale, ils n’auraient pas vaincu Hitler sans l’URSS», a-t-il écrit sur Twitter.

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