Devenu sénateur mardi, Doug Jones offre aux démocrates leur première victoire depuis vingt-cinq ans dans un État américain solidement républicain.

Avec la défaite de son poulain Roy Moore, Donald Trump a subi un sérieux revers électoral mardi dans l’Alabama. Le démocrate Doug Jones a remporté par une marge étroite – moins de 22.000 voix, à peine 1,5% – le fauteuil qu’occupait au Sénat Jeff Sessions, devenu ministre de la Justice.

Cette victoire à l’arraché fait retentir un coup de tonnerre sur la scène politique américaine. La dernière fois que cet État du Sud solidement républicain avait élu un démocrate, c’était en 1992 avec le sénateur Richard Shelby (qui a depuis fait défection pour passer dans le camp républicain). Il y a un an, Donald Trump avait empoché l’Alabama avec 28 points d’écart. Les républicains se retrouvent désormais avec la plus étroite des majorités au Sénat (51 sièges contre 49), mettant leur programme de réformes à la merci d’une seule défection.

Le président s’était personnellement impliqué dans la campagne, prenant tout l’état-major de son parti à revers lorsqu’avaient fait surface, début novembre, des accusations de harcèlement sexuel à l’encontre de Roy Moore. L’ancien juge suprême de l’Alabama, démis deux fois de ses fonctions pour insubordination à la justice fédérale, niait catégoriquement les accusations portées par plusieurs femmes, mineures à l’époque des faits. Alors que le parti le poussait à se retirer de la course,Trump l’avait ouvertement soutenu.

Cet échec est aussi celui de Steve Bannon, stratège du trumpisme, qui n’avait pas ménagé ses efforts pour faire élire Roy Moore. En soutenant un candidat aussi sulfureux, il a pris le risque de détourner de la révolution populiste les républicains modérés, en particulier l’électorat féminin. Le comportement scabreux prêté à Moore lui a coûté le vote crucial des mères de familles de la classe moyenne dans les banlieues de Birmingham, Montgomery et Mobile. Onze comtés qui avaient voté républicain en 2016 ont basculé dans le camp démocrate.

Le coup de pouce de Barack Obama à Doug Jones

Doug Jones, 63 ans, a mobilisé dans la dernière ligne droite l’électorat afro-américain grâce à un précieux coup de pouce de Barack Obama. L’ex-vice-président, Joe Biden, a aussi vanté «le courage et l’intégrité» de cet ancien procureur, qui avait fait juger en 1997 deux membres du Ku Klux Klan accusés d’avoir dynamité une église noire en 1963, provoquant la mort de quatre petites filles. À l’heure de la victoire, Jones a déclaré: «J’ai l’impression d’avoir attendu ce moment toute ma vie et maintenant je ne sais pas quoi dire. Je suis bouleversé. Nous avons montré à tout le pays la voie de l’unité.»

Ultraconservateur religieux, Roy Moorepartageait avec le président ses idées populistes, son rejet de l’establishment et le soupçon de «comportements inappropriés» dénoncés par plusieurs accusatrices. En pleine vague de scandales sexuels, le désaveu de l’ex-juge éclabousse ainsi le président, augurant de législatives de mi-mandat particulièrement disputées dans un an. Steve Bannon a entrepris de recruter des candidats populistes qu’il entend dresser contre l’establishment républicain dans une douzaine d’États. Mais, après un premier échec le mois dernier dans l’élection du gouverneur de la Virginie, il attend toujours un premier succès dans sa stratégie de subversion.

En fin de soirée, Donald Trump a tweeté un message de «félicitations à Doug Jones pour une victoire durement gagnée». Il a attribué la défaite de son candidat aux défections d’électeurs ayant inscrit le nom d’un tiers sur leur bulletin (près de 23.000 «write-in»). «Les républicains auront une autre chance dans très peu de temps», a ajouté Trump, Doug Jones ayant été élu jusqu’à la fin du mandat de Jeff Sessions en 2020.

Roy Moore a eu la défaite moins facile. Il a annoncé son intention de demander un nouveau décompte des voix, déclarant à ses supporteurs: «Ce n’est pas fini. Ça va prendre un peu de temps. Dieu contrôle tout.» Le secrétaire d’État de l’Alabama, responsable des élections, a promis que le résultat serait certifié, conformément à la loi de l’État, entre le 26 décembre et le 3 janvier prochain.

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